Le concept de l’homme invisible, mis de l’avant en 1897 par le romancier H.G. Wells et transposé maintes fois à l’écran, est exploré d’une façon inédite et troublante dans ce film, qui met à profit l’immense talent d’Elisabeth Moss. Ses efforts pour se soustraire à l’emprise d’un conjoint violent physiquement et psychologiquement et sa détermination à prouver qu’elle n’est pas folle en dépit des apparences l’entraînent à combattre un ennemi qu’elle ne voit pas. La tension est palpable du début jusqu’à la fin.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

Le réalisateur et scénariste Leigh Whannel (Upgrade, Insidious : Chapter 3) jette un regard neuf sur l’un des monstres classiques des films de Universal Pictures. The Invisible Man, dont la première apparition remonte à 1933, est en bonne compagnie avec Dracula, The Wolf Man, Frankenstein’s Monster, The Bride of Frankenstein et The Creature from the Black Lagoon. Cette nouvelle mouture de The Invisible Man montre la direction qu’entend prendre Universal avec ses monstres. Il n’est pas question ici de les amener à se côtoyer dans un univers interrelié.

Le réalisateur présente presque toujours le point de vue de Cecilia Kass (Elisabeth Moss). C’est là la grande force du film, qui nous plonge dans l’horreur du drame que vit l’architecte de formation.

Dès le début, il est clair qu’elle a longuement planifié sa fuite de la cage dorée où chacun de ses gestes est épié. Même libre, elle vit dans la peur que son conjoint hyper contrôlant la retrouve. Elle commence à regagner confiance en elle quand elle apprend que son ancien amoureux, le riche scientifique Adrian Griffin (Oliver Jackson-Cohen), s’est suicidé. Mais sa paix d’esprit est vite troublée et elle devient persuadée que son ancien bourreau a simulé sa mort et la traque. Ses proches ne la croient pas et elle sombre à leurs yeux dans la folie. Mais pas aux nôtres, puisque nous sommes témoins des moindres gestes posés par un ennemi invisible de plus en plus violent.

Le rythme est soutenu. Et nous nous mettons à scruter l’écran en nous demandant, nous aussi, où se trouve la menace. En haut ? En bas ? À gauche ? À droite ? Des plans fort simples d’un coin de la chambre ou du couloir suffisent pour créer de la tension et anticiper le pire. La réalisation est efficace et parvient à produire les effets recherchés, sans avoir dépensé une fortune. Les créateurs ont en effet réussi à tout boucler pour 7 millions ! La trame musicale de Benjamin Wallfisch (Shazam !, It, Blade Runner 2049 en collaboration avec Hans Zimmer) joue aussi un rôle important pour créer l’ambiance et faire monter le niveau d’angoisse.

Tous les protagonistes sont crédibles. Emily Kass (Harriet Dyer), la sœur de Cecilia, James Lanier (Aldis Hodge), l’ami policier, et sa fille Sydney (Storm Reid) permettent de voir Cecilia Kass dans un cadre de vie normal. Leur incompréhension et leurs doutes quant à la santé mentale de la jeune femme rendent sa lutte d’autant plus difficile. Adrian Griffin, l’ex-conjoint dangereux que l’on voit somme toute très peu, et Tom Griffin (Michael Dorman), le frère de ce dernier, un avocat aux motifs ambigus, sont des personnages complexes, qui se révèlent graduellement.

Ce qui nous ramène à Elisabeth Moss (Us, The Handmaid’s Tale), sur qui repose en bonne partie le succès du film. Elle se désagrège sous nos yeux jusqu’à ce qu’elle trouve le courage de se battre, envers et contre tous, pour prouver qu’elle n’est ni folle ni criminelle.

IMAGE FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Affiche du film The Invisible Man 

Certaines scènes du film sont évidemment violentes. Mais la violence est motivée par le besoin de montrer (et sentir) l’extrême cruauté de celui qui ne recule devant rien pour parvenir à ses fins. Rien ne l’arrête dans son désir absolu de contrôler celle qui tente de lui échapper. À l’horreur se mêle surtout le suspense, qui nous tient en haleine jusqu’au dénouement.

★★★★

Suspense/horreur, The Invisible Man (V.f. L'homme invisible), de Leigh Whannell, avec Elisabeth Moss, Aldis Hodge, Storm Reid, 2 h 04.