Avec American Beauty, Revolutionary Road et Skyfall, pour ne nommer que ces trois œuvres, la réputation du cinéaste Sam Mendes était déjà bien ancrée dans nos esprits. Avec 1917, elle prendra à jamais sa place dans l’histoire du cinéma.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Parce que Sam Mendes a relevé, avec 1917, un pari fou, risqué, casse-gueule avec un brio, un savoir-faire, une audace et un désir d’authenticité qui forceront l’admiration chez le spectateur, une fois que ce dernier aura repris son souffle.

Reprendre son souffle ? Oui, le cinéphile qui verra le film en salle en aura bien besoin. Car l’histoire, présentée comme dans un seul plan-séquence, est aussi prenante qu’anxiogène, aussi monstrueuse qu’affolante.

Récompensé le 5 janvier du Golden Globe du meilleur film dramatique, 1917 est comme un huis clos à ciel ouvert, se déroulant sur un fil de fer au-dessus des abîmes et où la vie et la mort se dirigent l’une vers l’autre dans un destin inéluctable.

Campé dans le nord de la France le 6 avril 1917 (donc quelques jours avant la fameuse bataille de Vimy), le film raconte l’histoire de deux caporaux britanniques, Blake (Dean-Charles Chapman) et Schofield (George MacKay), chargés d’une très délicate mission. Ils doivent sortir des tranchées, traverser la zone démilitarisée (no man’s land) et une partie des lignes allemandes pour aller avertir un autre bataillon de ne pas attaquer l’ennemi. Sans quoi ce bataillon de 1600 hommes, dont le frère de Blake, tombera dans un guet-apens où tous les soldats seront massacrés.

Ce scénario d’une simplicité désarmante est traité à travers une mise en scène d’anthologie. Le visionnement des cinq premières minutes fait à lui seul la démonstration que nous sommes face à une œuvre singulière.

PHOTO  FOURNIE PAR UNIVERSAL PICTURES

George MacKay dans une scène de 1917

Se reposant en retrait de leurs camarades dans un paysage bucolique, Blake et Schofield sont sommés d’aller voir leur commandant. La caméra les suit dans un travelling en recul époustouflant. Des champs de fleurs, on s’enfonce de plus en plus dans la tranchée grise, sale et boueuse avant d’aboutir dans la tente du commandant où l’éclairage en clair-obscur donne un premier sentiment de fin du monde.

Ce ne sera pas le dernier !

IMAGE FOURNIE PAR UNIVERSAL PICTURES

1917

Dès lors que Blake, meneur et brave, et Schofield, cartésien et affolé, quittent le confort très relatif de leur tranchée, ils se retrouvent seuls au monde. Et en enfer.

Aux effets très réels du plan en continu s’ajoute une direction artistique de feu dont chaque détail nous immerge complètement dans la peur, l’angoisse et la mort.

Le montage sonore est à l’avenant avec des silences écrasants suivis du bruit terrifiant des bombes ou d’un brasier.

Pour atteindre un tel degré de réalisme, il fallait évidemment que la direction photo soit à la hauteur. Elle l’est grâce à Roger Deakins qui, en 2018, avait remporté un Oscar grâce à son travail sur le film Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve.

S’il y a un reproche à faire à ce film, il réside dans la seconde heure, où le nombre de rebondissements devient discutable. On se demande comment on peut survivre à l’addition d’autant de situations létales.

Mais bon, cela n’enlève rien au fait que 1917 est un grand film de guerre par sa capacité à nous faire vivre au plus près le climat d’un champ de bataille et les folies meurtrières qui s’y déroulent. Ce film est une œuvre immense à ranger aux côtés du non moins immersif Dunkirk de Christopher Nolan.

★★★★½

1917. Drame de guerre de Sam Mendes. Avec Dean-Charles Chapman, George MacKay, Daniel Mays. 1 h 59.

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