Après le décevant The Laundromat, Steven Soderbergh retrouve la forme avec Let Them All Talk, un film de facture légère en apparence, qui creuse pourtant avec un regard très fin des thèmes aussi inépuisables que la création, la notion de licence artistique et la nature des liens d’amitié.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Portant à l’écran une nouvelle de Deborah Eisenberg, qui signe ici sa première adaptation pour le cinéma, l’éclectique réalisateur mise sur la dynamique particulière unissant trois femmes d’âge mûr, qui reprennent le dialogue après plus de trois décennies d’absence comme si de rien n’était, le poids d’une vie en plus.

Ce plaisir est d’autant plus vif que ces trois amies sont campées par d’exceptionnelles comédiennes. Meryl Streep ajoute une autre performance grandiose à son palmarès en se glissant dans la peau d’Alice, une écrivaine dont on ne sait trop ce que cache cette volonté d’inviter ses deux plus vieilles amies pour ce voyage. La force tranquille de Dianne Wiest est mise à profit pour le personnage de Susan, une avocate qui tempère la tension palpable régnant entre les deux autres femmes. Candice Bergen emporte cependant le morceau dans le rôle de Roberta, une femme estimant sa vie volée à cause du livre le plus populaire — bon pour un prix Pulitzer — qu’Alice a écrit au début de sa carrière, directement inspiré selon elle de son histoire.

IMAGE FOURNIE PAR HBO MAX

Affiche du film Let Them All Talk

La relation qu’entretient Alice avec son neveu (Lucas Hedges, impeccable) ainsi que celle que ce dernier aimerait peut-être entretenir avec la nouvelle agente littéraire de sa tante (Gemma Chan) enrichissent aussi un récit qui réserve quelques surprises.

Signant la réalisation, la direction photo (sous le pseudonyme Peter Andrews) et le montage (sous le pseudonyme Mary Ann Bernard), Steven Soderbergh utilise à bon escient le cadre particulier d’un long métrage entièrement tourné à bord du Queen Mary 2, lors d’une véritable traversée entre New York et Southampton, en Angleterre. La trame musicale aux accents jazzy de Thomas Newman, qu’on croirait tout droit sortie d’un film des années 60, ajoute au charme de ce film.

Let Them All Talk est offert en version originale anglaise sur Crave. La version française, intitulée Laissez-les parler, sera offerte sur Crave en français à compter du 15 janvier, et à Super Écran à compter du 16 janvier.

★★★½

Comédie dramatique. Let Them All Talk. Steven Soderbergh. Avec Meryl Streep, Candice Bergen, Dianne Wiest. 1 h 53.