Une mise en garde ici s’impose. Si une crise d’urticaire se pointe chez vous à la simple idée d’une comédie musicale dans la plus pure tradition de Broadway, du genre de celles où des personnages se mettent soudainement à époumoner leur vie, accompagnés d’un orchestre imaginaire d’environ 500 musiciens, il vaudrait mieux, pour le bien de votre santé, passer votre chemin.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Même si les protagonistes de The Prom sont des caricatures ambulantes et qu’ils maîtrisent à fond l’art de l’autodérision, il reste que cette version cinématographique d’un spectacle créé il y a quatre ans à peine à Atlanta, repris à Broadway en 2018, utilise quand même les codes de la comédie musicale à l’ancienne. Réalisé par Ryan Murphy, qui n’avait rien signé pour le cinéma depuis Eat Pray Love il y a 10 ans, ce long métrage se distingue grâce à sa flamboyance très assumée autant qu’à ses numéros réglés au quart de tour en empruntant l’approche du « jamais trop ». Apparemment, aucun bal des finissants n’a été fréquenté par autant de danseurs professionnels.

The Prom bénéficie cependant d’un atout majeur : Meryl Streep. Toujours dans une classe à part, l’actrice, 21 fois citée aux Oscars, se glisse avec panache dans la peau de Dee Dee Allen, une diva de Broadway profondément narcissique, dont le dernier spectacle, Eleanor (une comédie musicale sur la vie d’Eleanor Roosevelt), a été descendu en flammes par la critique. La violence des commentaires a même incité la production à annuler toutes les autres représentations prévues. Estimant alors devoir se réinventer, Mme Allen se cherche une cause à défendre, histoire de redorer un peu son image. Avec trois camarades (interprétés par James Corden, Nicole Kidman et Andrew Rannells), la diva épouse alors la cause d’Emma (Jo Ellen Pellman), une adolescente lesbienne de l’Indiana, à qui l’on refuse l’accès au bal des finissants à cause de son orientation sexuelle.

IMAGE FOURNIE PAR NETFLIX

Affiche du film The Prom

Pensant bien faire, les quatre artistes new-yorkais quittent ainsi la très libérale mégalopole pour se rendre dans la très conservatrice bourgade de l’Indiana, histoire de montrer quelques notions de tolérance à ces péquenauds qui se croient tout permis en matière de discrimination. Sur ce plan, la directrice d’une association parentale (Kerry Washington) ne donne pas sa place. C’est d’ailleurs elle qui s’est arrangée pour empêcher — d’une façon particulièrement cruelle — la jeune Emma d’assister au bal.

Tourner les coins rond

Ryan Murphy, dont on se demande comment il peut bien parvenir à mener tous ses projets de front, ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis. Même si le récit comporte une part d’autocritique à propos du regard que portent les citoyens des grandes villes sur les habitants des régions (et le clivage qui en découle sur le plan politique), il reste que The Prom est une fable dans laquelle on tourne les coins très rond. Le but est de s’assurer d’un dénouement heureux où tout le monde peut enfin se rallier. Dans le contexte politique américain de 2020, disons que ça jure un peu.

Cela dit, l’humour très typé qui traverse le film fait sourire, c’est indéniable. En revanche, Murphy force trop l’émotion dans les parties plus dramatiques, lesquelles relèvent d’ailleurs souvent du cliché. Mis à part Meryl Streep, les autres interprètes n’ont guère l’occasion de vraiment briller non plus, même s’ils ont droit chacun à leur moment.

The Prom (Le bal en version française) est offert sur Netflix.

★★★

Comédie musicale. The Prom. Ryan Murphy. Avec Meryl Streep, James Corden, Nicole Kidman. 2 h 12.