Une salle de consultation anonyme. Une poignée d’intervenants de première ligne assidus et obstinés. Des sans-abri formant le bataillon avec les plus poqués de la ville. Au cœur de la nuit montréalaise, dans la neige sale et le froid mordant, la misère et la compassion, la maladie et la bienfaisance, l’espoir et le désespoir se côtoient dans une ambiance de fin du monde.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

On croit connaître leur quotidien, le temps de baisser la vitre de notre voiture pour leur glisser quelques pièces dans la main avant de repartir à la hâte sans regarder en arrière. Or, c’est parfois pire que ce que l’on croit.

Steve Patry, lui, a vu. Il les a suivis, côtoyés, filmés, interrogés. Attention : c’est parfois difficile à regarder. Mais ne détournez pas le regard. Et plongez dans l’univers des sans-abri et des sans-rien-du-tout le temps de 75 petites minutes.

Oui, c’est tout un pari à quelques encablures de Noël quand on en a déjà ras le pompon de cette foutue pandémie. Mais ce documentaire sans concessions revendique avec justesse sa place dans l’univers du cinéma.

Entendons-nous. Dans la forme, le réalisateur ne casse pas la baraque. On connaît le genre. On devine assez bien le déroulement. Mais le vécu qui se déploie sous nos yeux emprunte une forme « rentre dedans » qui frappe fort. Ici, la réalité est tout sauf virtuelle.

Steve Patry ne sera peut-être pas d’accord avec le choix du mot. Mais, à l’exemple des valeureux intervenants de son film, il est un genre de héros. Pour l’audace. Pour la plongée abyssale dans un quotidien qu’on ne veut pas voir. Pour le désir, sans doute, de vouloir rendre le monde meilleur. Ou, à tout le moins, plus allumé, mieux informé. C’est l’essence de son cinéma.

AFFICHE FOURNIE PAR LES FILMS DU 3 MARS

Affiche de Tant que j’ai du respir dans le corps, un film de Steve Patry

Pour cela, il faut éviter l’autocensure. De fait, lorsqu’on entend Gilles lancer à un travailleur de la santé : « Si tu n’es pas capable de me sauver, c’est pas la fin du monde ; c’est la fin d’une vie, c’est toute », on frissonne.

Pour faire un peu contrepoids, il y a aussi de doux moments. Comme lorsqu’une travailleuse sociale et une policière aident un homme démuni à s’acheter quelques fringues au Village des valeurs. Respect.

Offert sur la plateforme du Cinéma Moderne.

> Consultez le site du Cinéma Moderne

★★★½

Documentaire. Tant que j’ai du respir dans le corps. Steve Patry. Avec Gilles, Franck, King James, Putulak et plusieurs autres. 1 h 16.