Allison, jeune femme cherchant le calme pour écrire un scénario de film, débarque dans un chalet au bord d’un lac. Presque aussitôt, sa présence sème une monstrueuse zizanie chez ses hôtes, Gabe et Blair, un couple de trentenaires qui attend un enfant. Séduction, jeux de pouvoir et autodestruction sont au rendez-vous.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

On n’oubliera pas de sitôt le regard glacial, diabolique, calculateur, terrifiant que jette Allison (Aubrey Plaza) dans la scène finale de Black Bear, sorti à Sundance au début de l’année, qui explore avec originalité un sujet non conventionnel, le moi.

De bout en bout, la comédienne donne une performance de feu dans ce film de personnages où ses deux principaux partenaires, Christopher Abbott (Gabe) et Sarah Gadon (Blair), font aussi leur part de travail. Rarement peut-on voir trio aussi engagé dans le jeu.

Les jeux, devrait-on dire. Car le point de départ de l’histoire nous conduira dans toutes sortes de directions. En utilisant le chemin de la créativité (écrire un scénario, réaliser un film, travailler en équipe), le cinéaste Lawrence Michael Levine entre dans les zones les plus sombres de l’intimité. Jalousie, désir, manipulations, égoïsme, violence, vengeance. Il y a un peu de tout.

Y compris la part de fantasme, d’imagination, qui nous habite et ses conséquences sur la vie réelle.

Quitte à être parfois confus (où s’arrête la réalité ? Où commence la fiction ?), tout ça est bien amené à travers deux chapitres distincts où les deux rôles féminins s’inversent. Autrement dit, la même histoire est racontée de deux manières différentes.

La première partie nous a complètement happé. Ambiance mystérieuse et angoissante. Montée en puissance d’une tension sexuelle palpable, confrontations sur le rôle de chacun dans le couple, cadrages remarquables, scènes dépouillées. Éthéré, ce passage est magnifique.

AFFICHE FOURNIE PAR MOMENTUM PICTURES

Affiche de Black Bear, un film de Lawrence Michael Levine

À notre avis, ça se gâte dans la seconde partie campée durant… un tournage. Autrement dit, on tourne un film dans un film. Cette mise en abyme est confuse, criarde, désordonnée. Le rythme s’essouffle. L’agonie du personnage d’Allison n’en finit plus de finir, devient agaçante.

Dans l’ensemble, Black Bear demeure néanmoins un film original, qui sort des sentiers battus.

Offert en vidéo sur demande.

★★★

Drame. Black Bear. Lawrence Michael Levine. Avec Aubrey Plaza, Christopher Abbott et Sarah Gadon. 1 h 46.