Il y a d’abord eu ce roman – lauréat du prix Goncourt – que Romain Gary a publié sous le pseudonyme Émile Ajar en 1975. Deux ans plus tard, le cinéaste Moshé Mizhari a porté La vie devant soi au grand écran en confiant le rôle de Madame Rosa à Simone Signoret. Cette performance a d’ailleurs valu à la célèbre interprète de Casque d’or le César de la meilleure actrice et le long métrage a aussi retenu l’attention à Hollywood. Rebaptisé Madame Rosa pour le marché international, La vie devant soi a remporté à l’époque l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Plus de 40 ans plus tard, le cinéaste Edoardo Ponti propose une relecture du roman de Romain Gary en transposant l’intrigue dans une autre réalité et en confiant le rôle de Madame Rosa à sa mère, Sophia Loren.

Nous n’avions pas eu le plaisir de voir l’icône du cinéma italien, aujourd’hui âgée de 86 ans, dans un long métrage de cinéma depuis Nine, de Rob Marshall, en 2009. L’actrice tourne ainsi sous la direction de son cinéaste de fils une troisième fois. Elle était de Between Strangers, une production canado-italienne qu’Edoardo Ponti a réalisée en 2002 (avec Mira Sorvino et Gérard Depardieu notamment), et aussi de Voce umana, un court métrage inspiré de La voix humaine, de Jean Cocteau.

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Sophia Loren dans La vita davanti a sé (La vie devant soi), un film d’Edoardo Ponti.

L’idée de moderniser le récit pour l’ancrer davantage dans la réalité contemporaine n’est certes pas vilaine. D’autant qu’elle permet à Edoardo Ponti, qui a écrit cette nouvelle adaptation avec le scénariste Ugo Chiti, collaborateur habituel de Matteo Garrone (Gomorra, Dogman), d’aborder le thème des migrants, pour qui la côte adriatique italienne constitue souvent un point d’arrivée. Plutôt que le quartier de Belleville à Paris, le cinéaste a choisi de camper l’histoire à Bari, une ville de la région des Pouilles. C’est là qu’habite Madame Rosa, une survivante de l’Holocauste, ancienne prostituée qui connaît bien le monde de la rue.

Un Momo plus vieux…

Sur la recommandation d’un médecin ami (Renato Carpentieri), Madame Rosa accepte de recueillir chez elle, à contrecœur, un nouveau pensionnaire, comme elle le fait pour les enfants de prostituées immigrantes. Momo (Ibrahima Gueye, vraiment très bon), un gamin des rues d’origine sénégalaise qui l’a pourtant volée et bousculée quelques jours auparavant en plein marché public, se retrouve ainsi dans ce modeste refuge.

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La vie devant soi

À 12 ans, cet orphelin déluré et intelligent survit déjà par ses propres moyens et n’a que faire de l’autorité, mais un lien affectif finira quand même par se développer entre la vieille dame, de plus en plus malade, et le préadolescent. Là réside d’ailleurs le changement le plus significatif. Ces deux êtres font en effet connaissance à un moment où Momo est déjà beaucoup plus vieux. D’où cette plus grande difficulté à croire au lien indéfectible qui se créera entre eux en quelques mois, plutôt que sur le cours de plusieurs années.

L’approche de Ponti n’évite pas non plus les excès de sentimentalisme, surtout sur le plan musical, mais cette nouvelle adaptation reste néanmoins de belle tenue. Surtout, elle nous offre l’occasion de voir Sophia Loren dans un rôle magnifique, autour duquel des rumeurs d’Oscar commencent déjà à circuler. Pour elle, La vita davanti a sé vaut assurément le détour.

La vita davanti a sé (La vie devant soi en version française) est offert sur Netflix.

★★★

La vie devant soi. Drame d’Edoardo Ponti, avec Sophia Loren, Ibrahima Gueye, Renato Carpentieri, 1 h 34.