La leader féministe américaine Gloria Steinem a été nomade toute sa vie. Petite, elle passait la majeure partie du temps sur la route avec ses parents. Adulte, elle a sillonné les États-Unis en compagnie d’alliées passionnées, qui avaient soif de changement autant qu’elle.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

The Glorias s’inspire de l’autobiographie de Gloria Steinem, My Life on the Road, publié en 2015. La célèbre militante, qui avait alors 81 ans, y raconte son enfance et son parcours hors de l’ordinaire. D’entrée de jeu, l’adaptation cinématographique s’annonce difficile à suivre, sautant d’une époque à une autre, au gré d’anecdotes marquantes, qui défilent rapidement.

Quatre actrices interprètent Gloria Steinem : Ryan Kiera Armstrong (enfant), Lulu Wilson (ado), Alicia Vikander (jeune femme) et Julianne Moore (à un âge plus mûr, et qui lui ressemble à s’y méprendre). Elles apparaissent régulièrement à deux ou toutes les quatre ensemble. Cela surprend au début. Mais la réalisatrice et coscénariste Julie Taymor utilise ce procédé pour exprimer des émotions, notamment la colère qu’éprouve Gloria lorsque des hommes font des remarques déplacées en toute impunité. Certaines scènes sont carrément étranges. L’effet est toutefois réussi à d’autres moments, par exemple lorsque la jeune journaliste, qui prépare avec enthousiasme son prochain reportage, se fait dire par un collègue qu’elle n’est qu’une jolie fille faisant semblant d’écrire avant de se marier. La Gloria plus mûre lui lance la remarque cinglante qu’elle aurait voulu lui faire à l’époque, tandis que la plus jeune se désole de ne pas avoir claqué la porte du taxi.

Le film permet de constater le chemin parcouru depuis les années 50 et montre la ténacité dont il a fallu faire preuve pour contrer le sexisme et le racisme ambiants. Tout y est : la fameuse National Women’s Conference de 1977, les vagues soulevées par la création du magazine Ms., cofondé par Gloria Steinem, les luttes menées par les autochtones, les ouvriers agricoles, les lesbiennes, le droit à l’avortement, etc., en mettant de l’avant plusieurs autres femmes qui ont joué un rôle crucial dans le mouvement de libération interracial. Des photos, des films d’archives et des entrevues télévisées ont été intégrés pour donner plus d’impact. Les effets spéciaux, faut-il préciser, ont été effectués à Montréal.

S’ajoutent des références à la relation de Gloria avec son père, qui a la bougeotte (Timothy Hutton), et avec sa mère malade (Enid Graham), ainsi qu’à son voyage en Inde à la fin de ses études. Ouf ! Cela fait un programme chargé.

Mais tout se tient à la fin, quand on voit la vraie Gloria Steinem qui livre un discours pendant la marche historique des femmes à Washington, le 21 janvier 2017. « Nous, la population, détenons le pouvoir et nous allons l’utiliser », dit-elle aux manifestants dont plusieurs affichent leur opposition au président Donald Trump.

IMAGE FOURNIE PAR ROADSIDE ATTRACTIONS

Affiche tirée du film The Glorias

Le lancement du film un mois avant l’élection présidentielle n’a rien de fortuit. L’appel à la mobilisation est clair, pour protéger les acquis.

The Glorias est offert en anglais seulement sur Amazon Prime, Apple TV/Itunes, Bell, Telus.

★★★

The Glorias. Film biographique de Julie Taymor. Avec Julianne Moore, Alicia Vikander, Janelle Monáe. 2 h 19.