Sorti en 2003, Lost in Translation a confirmé la réputation de Sofia Coppola à titre de cinéaste, quatre ans après The Virgin Suicides, un premier film très convaincant. Face à Scarlett Johansson, Bill Murray, rappelons-le, avait pu mettre en valeur une autre facette de son talent dramatique et sa performance l’avait mené à la soirée des Oscars en 2004. Quelques longs métrages plus tard, la réalisatrice de The Beguiled refait équipe avec l’acteur.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

On ne sait si le même sort l’attend avec On the Rocks, mais les retrouvailles entre Sofia Coppola et lui sont indéniablement heureuses. Empruntant le ton d’une douce comédie, la réalisatrice, aussi auteure du scénario, propose un film qui se savoure comme un Woody Allen de la plus belle période, tout en posant sur ses personnages un regard à la fois mûr et plus léger. En ces temps de pandémie et de confinement, l’impression d’être plongé dans la magie de Manhattan ne peut déplaire non plus.

Il y a aussi un peu de Toni Erdmann dans cet On the Rocks. Dans la mesure où, sans être aussi éclatée que dans le film de Maren Ade, la relation sur laquelle s’appuie le récit est celle liant Laura, une romancière trentenaire ayant du mal à trouver ses assises, et un père un peu plus excentrique, toujours très séducteur. Ancien marchand d’art, ce dernier maîtrise encore tous les codes de la haute société new-yorkaise.

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Rashida Jones et Bill Murray dans On the Rocks, un film de Sofia Coppola.

Sofia Coppola illustre très bien l’espèce de décalage entre un homme dont le modus operandi n’a pratiquement pas changé au fil des ans et le monde d’aujourd’hui.

Il se trouve que Laura traverse une crise existentielle, déclenchée par un épisode intime un peu étrange. De retour d’un voyage d’affaires à Londres, son mari Dean (Marlon Wayans), père de ses deux enfants, se montre soudainement très amoureux au lit, jusqu’au moment où il s’arrête tout net en ouvrant les yeux, comme s’il venait soudainement de reconnaître la femme qu’il est en train d’embrasser. D’autres indices s’ajoutent et voilà que pèsent sur Dean des soupçons d’aventure extraconjugale.

Des points de vue décalés

En faisant part de son inquiétude à son vieux playboy de père, Laura s’engouffre avec lui dans une discussion sur les relations hommes-femmes, avec une vision difficilement conciliable avec la réalité du XXIe siècle. Là réside justement l’un des aspects les plus intéressants de ce film, d’autant que Bill Murray, même s’il est bien conscient de ses effets, est drôle, sans jamais tomber dans la caricature. Sofia Coppola se permet aussi un épisode aux accents plus burlesques alors que, sous l’influence de son père, Laura se convainc d’aller épier son amoureux lors d’un voyage d’affaires. Rashida Jones (Parks and Recreation) forme avec son partenaire de jeu un beau duo de cinéma.

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On the Rocks, de Sofia Coppola

Baignant dans la musique du groupe français Phoenix (dont le leader, Thomas Mars, est le conjoint de la cinéaste), le nouvel opus de Sofia Coppola distille sans esbroufe une impression de tendre légèreté, tout en offrant un portrait attachant d’une relation entre un père et sa fille.

On the Rocks est à l’affiche à Gatineau et à Sherbrooke. Il sera offert par Appel TV-iTunes le 23 octobre.

★★★½

On the Rocks. Comédie dramatique de Sofia Coppola. Avec Bill Murray, Rashida Jones, Marlon Wayans. 1 h 36.

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