Les Rose est un portrait de famille. Ce long métrage documentaire emprunte aussi la forme d’une quête personnelle pour un fils désirant partir à la trace d’une partie de la vie de son père, dont on ne lui a jamais parlé vraiment. Dix-sept ans avant la naissance de Félix Rose, en 1987, ce père, Paul Rose, a été l’un des protagonistes de l’un des plus importants chapitres de l’histoire politique et sociale du Québec.

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Membre de la cellule Chénier du Front de libération du Québec, responsable de l’enlèvement en 1970 du vice-premier ministre Pierre Laporte, qui fut retrouvé mort, Paul Rose fut accusé de meurtre, condamné, puis libéré 12 ans plus tard. Il fut l’un des personnages clés de la crise d’Octobre, au cours de laquelle le Québec fut placé sous la Loi sur les mesures de guerre.

Il ne faudra cependant pas voir dans Les Rose le document définitif sur cette période bouillonnante de notre histoire. La démarche de Félix Rose est tout autre, dans la mesure où il s’agit ici d’un homme, maintenant trentenaire, qui cherche à trouver les pièces manquantes du puzzle de sa propre histoire. En interviewant principalement des membres de sa famille, qui sont souvent identifiés par le lien filial (« Ma mère », « Mon oncle », « Ma tante »), en les confrontant parfois, le réalisateur parvient néanmoins à dévoiler des facettes inédites des évènements de l’époque, d’autant qu’il recueille aussi des témoignages d’autres anciens felquistes, notamment Jacques Lanctôt.

Deux axes inédits

PHOTO FOURNIE PAR L’OFFICE NATIONAL DU FILM DU CANADA

Une scène tirée du film Les Rose, de Félix Rose

Truffé de scènes d’archives, provenant autant de sources médiatiques que de films « maison » tournés au fil des ans, Les Rose, fruit de huit ans de recherches, enrichit notre vision de l’histoire grâce, notamment, à deux axes inédits.

Il y a d’abord le témoignage de Jacques Rose, aussi membre de la cellule Chénier. Cinquante ans plus tard, le frère de Paul Rose se raconte ici pour la toute première fois, ce qu’il avait toujours refusé de faire auparavant, à l’instar de Bernard Lortie, un autre membre de la cellule Chénier, absent de ce documentaire. Rappelons que Francis Simard, aussi membre de la cellule, mort en 2015, a de son côté raconté sa version de l’histoire dans un bouquin dont Pierre Falardeau s’est inspiré pour son film Octobre.

S’il a d’évidence une valeur importante, le témoignage de l’oncle Jacques n’est pas tout à fait éclairant pour autant, du moins sur le plan des circonstances ayant mené à la mort de Pierre Laporte dans la maison de la rue Armstrong, à Saint-Hubert. S’il rappelle l’état d’esprit de jeunes militants influencés à l’époque par des organisations internationales agissant au nom des peuples opprimés, il maintient que cette mort demeure une responsabilité collective, respectant ainsi le pacte conclu avec les trois autres membres de la cellule.

L’autre axe plus inédit consiste en un message très sensible que Paul Rose a enregistré en prison, destiné à sa mère, Rose Rose, que le cinéaste a découvert en fouillant dans les vieilles archives de son père. Ce faisant, Félix Rose trace aussi le portrait d’une grand-mère lui étant inconnue, farouche porte-parole de ses fils pendant la Crise, dont la conscience sociale est née à une époque où la fracture entre le pouvoir anglophone et la soumission francophone était béante. Une partie du film fait d’ailleurs écho aux conditions très modestes dans lesquelles plusieurs familles québécoises – y compris les Rose – ont dû apprendre à composer pendant une bonne partie du XXe siècle.

On peut le comprendre, ce portrait reste subjectif. Il ne pourrait en être autrement. Cela dit, Félix Rose a fait un véritable travail de documentariste pour tenter de trouver sa vérité.

IMAGE FOURNIE PAR L’OFFICE NATIONAL DU FILM DU CANADA

Les Rose, de Félix Rose

★★★1/2

Les Rose. Documentaire de Félix Rose. Avec Félix Rose, Jacques Rose, Andrée Bergeron. 2 h 07.

> Consultez l’horaire du film