À l’aube des bouleversements sociaux de mai 1968, la directrice d’une école ménagère de province, où l’on apprend à de jeunes filles issues de milieux modestes à devenir des épouses parfaites, voit son monde voler en éclats…

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

L’art de repasser impeccablement les chemises de son mari. Le « privilège » de servir le thé à des invités de marque. Effectuer ses tâches domestiques dans la bonne humeur. Voilà quelques matières qu’enseigne Paulette Van der Beck (Juliette Binoche) aux élèves de l’école ménagère qu’elle dirige, toujours bien mise dans ses tailleurs à la Jackie Kennedy.

Spécialisé dans les portraits de femmes, Martin Provost (Séraphine, Violette) a construit sa comédie féministe autour de trois personnages très typés. La directrice est en effet entourée d’une belle-sœur (Yolande Moreau) célibataire qui rêve toujours du prince charmant en écoutant inlassablement un tube d’Adamo, et d’une religieuse très à cheval sur les principes (Noémie Lvovsky), adepte d’une méthode d’enseignement rigide et non négociable.

Le drame surgit quand ces trois femmes sont pratiquement laissées à elles-mêmes le jour où l’on découvre dans quel état désastreux monsieur Van der Beck (François Berléand) a laissé les finances de l’établissement. Les rumeurs du chaos social de Paris commencent aussi à se répandre, même dans cette région reculée de l’Alsace. Et avec elles, des élans de contestation.

On peut reprocher au cinéaste d’avoir un peu négligé les personnages des jeunes filles qui fréquentent, bien malgré elles, cette école construite sur un modèle disparu depuis 50 ans. En revanche, Martin Provost donne aux trois vedettes l’occasion d’y aller à fond en maniant les clichés avec beaucoup d’aplomb. Juliette Binoche affiche d’ailleurs ici un talent inédit pour la franche comédie.

La scène finale, dont nous ne révélerons pas la teneur, pourra paraître un peu étrange et singulière, mais La bonne épouse a le mérite d’illustrer avec humour comment a commencé le combat pour l’émancipation des femmes.

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La bonne épouse, de Martin Provost

★★★1/2

La bonne épouse. Comédie de Martin Provost. Avec Juliette Binoche, Yolande Moreau, Noémie Lvovsky. 1 h 49.

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