Flashwood est une chronique. C’est dire qu’on ne trouvera pas vraiment dans ce film une histoire qu’on pourrait raconter en partant d’un point A pour arriver à un point B, avec tous les rebondissements dramaturgiques qu’elle pourrait charrier au passage.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Le premier long métrage de Jean-Carl Boucher à titre de réalisateur est plutôt construit autour de ces gros riens qui font le sel de l’existence à l’adolescence, mais qui, à force de s’accumuler, finissent par devenir très significatifs. Cela donne à l’arrivée un portrait aussi vibrant qu’authentique de cette période de la vie où quelques chemins commencent à s’ouvrir devant soi, sans qu’on puisse être encore vraiment libre de ses choix.

Tourné de façon entièrement indépendante, Flashwood est un film pour lequel Jean-Carl Boucher, qui s’est fait connaître principalement grâce à la trilogie de jeunesse de Ricardo Trogi (1981, 1987, 1991), a pu s’offrir le luxe d’une distribution d’ensemble unique, qu’il suit sur une période de sept ans.

Au centre de ce portrait figurent Luc (Pier-Luc Funk) et son frère cadet Hugo (Antoine Desrochers). Les deux jeunes hommes habitent une banlieue anonyme, où peu d’activités passionnantes s’offrent à des ados. Avec une bande d’amis, ils n’ont d’autre choix que de passer leur été à glander, à se « picosser » vulgairement entre eux, à fumer des joints et à boire de la bière. Et, peut-être, séduire une fille au passage, qui sait ?

Cinq ans plus tard, on retrouve les mêmes personnages, dont la plupart ont été recrutés par Luc pour travailler dans sa petite entreprise d’entretien paysager. Mais dans ce monde dénué d’adultes (à quelques rares exceptions près), la dynamique entre les personnages reste la même, à ceci près que certains d’entre eux peuvent aussi se laisser tenter par des activités plus ou moins louches. La mise à jour de leurs vies sera de nouveau faite un an plus tard.

Traduire l’indicible

Nourri par ses « scénaristes fantômes » – les comédiens ont eu l’occasion de dessiner et de travailler leurs personnages –, Jean-Carl Boucher parvient à bien traduire cette espèce de flottement indicible qui caractérise ce passage où, en attendant l’âge adulte, un adolescent peut se sentir coincé dans un environnement – et un entourage – qu’il souhaiterait autre. On prend son mal en patience, conscient qu’un jour, on en sortira peut-être.

En attendant, cette patience a parfois ses limites. Comme dans cette scène, saisissante, où deux des personnages, dont l’un est en position de faiblesse, viennent bien près d’atteindre un point de non-retour. Mention spéciale à Pier-Luc Funk et à Maxime Desjardins-Tremblay de s’être jetés à corps perdu dans cette scène dont eux seuls – avec la complicité du cinéaste – connaissaient la teneur au moment du tournage.

En plus de capter l’état d’esprit de jeunes personnages confrontés directement à leur existence, sans artifices (aucune intervention technologique ne ponctue le récit), Flashwood, surnom de la ville de Boisbriand, emprunte aussi la forme d’un laboratoire de jeu. Les acteurs, tous de la même génération que le cinéaste, ont en effet l’occasion de laisser cours à leurs élans créatifs, sans contraintes. Jean-Carl Boucher a su faire honneur à leur talent.

AFFICHE FOURNIE PAR ENTRACT FILMS

Flashwood

★★★ 1/2

Flashwood
Une chronique de Jean-Carl Boucher. Avec Pier-Luc Funk, Antoine Desrochers, Simon Pigeon. 1 h 32