Ada a 18 ans. Un jour, la jeune fille, vierge, va dîner chez un ami. Sans trop comprendre comment, elle se retrouve nue. Puis dans son lit. Déchirée au sens propre, mais aussi figuré. Récit et réflexions autour d’un viol pas vraiment inédit, mais tout à fait silencieux.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Présenté en première nord-américaine l’an dernier aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), lauréat de plusieurs prix, ce film dérange et bouscule partout où il passe. Et ça ne devrait pas faire exception ici. Pour cause : pendant près d’une heure et demie, on y entend le récit détaillé, intime, souvent cru, violent par moments, d’un viol. Pas d’un viol comme on l’imagine, aux mains d’un psychopathe sale. Un viol plutôt ordinaire, mais non moins tortueux. Moche. Dérangeant, parce que bourré de zones d’ombre : dans les bras d’un ami.

Disons que si vous cherchiez un film léger d’été, passez votre tour.

C’est l’histoire d’Ada (Leiris), qui signe d’ailleurs le texte, raconté ici par 14 interprètes, 12 femmes et 2 hommes, tous âges, origines et orientations sexuelles confondus. À tour de rôle, chacun, assis dans l’intimité d’une chambre à coucher, d’une cuisine ou d’un salon, le regard fixé droit à la caméra, raconte un chapitre du viol en question (l’avant, le pendant, puis l’après). Cette habile construction, par moments un peu brouillonne, aurait pu semer une certaine confusion chez le spectateur. Tout le contraire. Elle apporte finalement une touche d’universalité drôlement d’actualité. Car au fil du récit, on constate que chaque interprète a aussi son histoire. Sa blessure. Ou ses « fantômes ». Son #metoo, ou autre agression non dénoncée, si on veut, et ce, des deux côtés du miroir. Qu’il fait partager à son tour, entre ses réflexions sur le viol d’Ada lui-même, sa honte, sa culpabilité, et tout son mal-être qui en a découlé.

Impossible de rester ici indifférent à un récit qui, on l’a dit, est aussi brûlant d’actualité. C’est dur, étouffant, et ça fesse. Sans jeu de mots. Par moments un peu trop. Oui, c’est lourd. Mais comment faire autrement ? On y voit ici surtout un point de départ idéal pour un début de discussion collective sur le consentement en général, et les rapports entre hommes et femmes en particulier.

Offert sur la plateforme Tënk, consacrée au documentaire d’auteur, pour une période limitée au Québec.

Documentaire, Sans frapper, Alexe Poukine, 85 minutes

IMAGE TIRÉE DE L’INTERNET

Sans frapper