#OMG, #JeSuisLà commence de la pire des façons avec ces échanges sur les réseaux sociaux mis en surimpression sur l’écran. On a vu ça dans combien de films d’ados déjà ? Quelqu’un a-t-il signalé au réalisateur de La famille Bélier que la formule était #out depuis You’ve Got Mail de Nora Ephron, sorti en 1998 ?

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Le lecteur aura compris qu’il y a beaucoup, mais vraiment beaucoup d’interventions sur téléphones cellulaires dans ce film. Textos, autoportraits, mots-clics, photos et émojis virevoltent dans une danse vertigineuse, à en donner la nausée.

Ce constat nous conduira donc aux thèmes centraux du film : nos rapports aux engins diaboliques que sont les téléphones intelligents, l’abandon des vraies relations entre humains, la drague à distance, l’amour sans visage, ou si peu.

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Doona Bae dans #JeSuisLà. Un passage beaucoup trop rapide.

Le sujet se décline à travers le personnage de Stéphane (Alain Chabat), un homme visiblement bien, équilibré, menant rondement son restaurant dans le Pays basque, proche de ses enfants et de son ex-femme. Un jour, on ne saura jamais ni comment ni pourquoi, il s’éprend de Soo (Doona Bae), jolie Sud-Coréenne, peintre à ses heures, et parlant un excellent français.

Accro, Stéphane part pour Séoul. Soo, qui a promis de l’attendre à l’aéroport, ne vient pas. Plus inquiet qu’abattu, Stéphane erre dans l’aéroport avant-gardiste (un contraste saisissant avec la beauté sauvage du Pays basque français) durant plusieurs jours, où il se lie d’amitié avec divers employés et voyageurs. Cela fait toutes sortes de petites histoires secondaires qui meublent le scénario sans aboutir nulle part. Cette longue errance devient vite lassante.

Ah oui ! Comme Stéphane met en ligne tout ce qu’il vit et pense, il devient malgré lui une vedette des réseaux sociaux. On pourchasse et on photographie #TheFrenchLover.

Tout de même étrange que l’engouement des Coréens pour lui tombe complètement à zéro dès que Stéphane quitte les lieux pour aller visiter Séoul. Où il retrouve Soo ! Qui lui fait comprendre que son obsession a assez duré. Merci, bonsoir, elle est partie.

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#JeSuisLà, d’Éric Lartigau

Dans une entrevue avec La Presse, Éric Lartigau disait avoir eu envie depuis longtemps de travailler avec Doona Bae. Pourquoi alors lui avoir donné un si petit rôle ? Et pourquoi une fois son personnage disparu dans la marée humaine, Stéphane est-il si solide ? Parce qu’il a retrouvé le sens de la famille ? Sérieusement ? Vraiment, c’est un peu mince. On a peine à croire qu’un homme ayant passé des journées entières dans un aéroport à chercher l’amour de sa vie puisse se remettre aussi vite sur pied.

> Lisez l'entrevue avec Éric Lartigau

C’est dommage parce que toute la première partie du film, avant le voyage en Corée du Sud, était pas mal. Direction photo à faire baver de bonheur, excellent jeu d’Alain Chabat qui incarne parfaitement l’homme absent du réel, beau moment de cinéma quand il passe l’aspirateur sur des animaux empaillés, sympathiques personnages secondaires, dont la très drôle Blanche Gardin qui joue une assistante toujours en retard et parlant un argot hallucinant. Quelques passages intéressants meublent aussi la portion coréenne du film. Mais ils sont trop épars pour rendre l’ensemble consistant.

En somme, cette belle idée de scénario manquait cruellement de ciment dans sa mise en scène.

Dans notre souvenir, #JeSuisLà sera comme une vidéo sur Snapchat : très éphémère.

★★½

#JeSuisLà. Comédie dramatique d’Éric Lartigau. Avec Alain Chabat, Doona Bae et Blanche Gardin. 1 h 38.

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