Un père fait face à la froideur et à la culpabilité de sa fille emprisonnée pour un crime… qu’elle n’a pas commis. À sa mort, les secrets de sa famille refont surface à coups d’ellipses et d’anciennes révélations.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Entre Veronica, une jeune professeure de musique au secondaire condamnée à tort pour abus d’autorité sur son étudiant, et son père Jim, un inspecteur alimentaire à Hamilton, se tisse une histoire de famille à la fois banale et complexe. Car les protagonistes du nouveau film d’Atom Egoyan sont des personnages pétris de honte et de culpabilité, dont le destin aurait pu être tragique. Hélas ! Avec Guest of Honor, le réalisateur de Family Viewing livre un mélodrame peu convaincant, construit sur un scénario alambiqué et ponctué de situations loufoques.

Guest of Honour se regarde donc avec un mélange d’incompréhension et de déception. Incompréhension, parce qu’Atom Egoyan, l’un des meilleurs ambassadeurs du cinéma canadien, réalise un long métrage maladroit et poussif. Déception, parce qu’il tenait pourtant des thèmes riches – la culpabilité, la trahison, le mensonge, la sexualité. Au bout du compte, le réalisateur torontois n’en développe aucun. Le spectateur se perd dans un enchevêtrement d’ellipses, un manque de repères chronologiques : on a l’impression que l’histoire se déroule durant un seul mois… alors qu’elle s’étire sur deux décennies.

Heureusement, le cinéaste n’a pas tout raté. Il met en scène des images léchées, bien cadrées et rendues par une belle palette de couleurs. L’esthétisme propre au réalisateur d’Exotica parvient donc à apporter du lustre à ce beau film un peu vide.

IMAGE FOURNIE PAR EGO FILM ARTS

Guest of Honour, d’Atom Egoyan

De plus, Atom Egoyan (qui écrit, réalise et produit) ne donne pas beaucoup de carburant à son trio d’acteurs chevronnés — David Thewlis (dans le rôle du père), Luke Wilson (le prêtre) et Rosif Sutherland (un chauffeur d’autobus qui semble un personnage pivot au début, avant de disparaître complètement au milieu du film). Dans la peau de Veronica, Laysla De Oliveira est (très) mal dirigée. La jeune actrice joue du début à la fin avec un seul registre d’émotion : l’étonnement.

D’ailleurs, peu importe la situation, peu importe si l’action se déroule dans le passé ou le présent, au pénitencier ou à l’église, à la maison ou au restaurant, dans un couloir à l’école ou dans une chambre d’hôtel, les personnages affichent toujours le même visage ahuri, comme dans un mauvais téléroman. Hésitant entre mélodrame familial et thriller introspectif, le film nage toujours en surface de la psychologie de ses personnages et se cherche désespérément.

On se demande aussi pourquoi il y a toutes ces références aux lapins tout au long du film. Enfant, Veronica a reçu un lapin en cadeau de son père, qu’elle a gardé et aimé durant des années. Gardé par Jim, son lapin meurt lorsqu’elle est en prison. (Ce qui nous vaut une scène ridicule où le père endeuillé apporte le lapin mort dans la cuisine d’un restaurant, au milieu du service, pour lui faire couper ses pattes !) Est-ce le symbole freudien de la malchance et la culpabilité de cette famille brisée ? Ou simplement que le cinéaste a voulu nous poser un lapin en nous proposant son dernier film ?

Offert en Blu-ray/DVD dès ce vendredi.

★★

Guest of Honour. Drame d'Atom Egoyan. Avec David Thewlis, Laysla De Oliveira, Luke Wilson. 1 h 45.