Jeanne relate les deux dernières années de la vie de Jeanne d’Arc, depuis le jour où elle s’apprête à mener la bataille de Paris pour chasser les Anglais hors de France jusqu’à celui où, accusée de sorcellerie, elle est condamnée au bûcher à l’âge de 19 ans.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Jeanne est le deuxième volet d’un diptyque que Bruno Dumont consacre à Jeanne d’Arc, en se basant sur les textes de Charles Péguy. Le premier, Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc (présenté au Festival du nouveau cinéma de Montréal mais jamais distribué au Québec), empruntait la forme d’une comédie musicale électropop.

Avec Jeanne, le réalisateur de Ma Loute décrit de façon un peu plus « classique » les deux dernières années de la vie de celle qui fut condamnée au bûcher en 1431, mais son approche n’est pas traditionnelle pour autant.

Jeanne fait en effet partie de ces films dont on peut apprécier le caractère singulier, mais dont le style pourra cependant faire fuir certains spectateurs à grandes enjambées. Les dialogues sont déclamés et sonnent souvent faux. La mise en scène, à la fois dépouillée et somptueuse, est réglée au quart de tour et parfois marquée par de longues scènes où l’héroïne fixe la caméra pendant qu’une chanson entière de Christophe se fait entendre. Bref, fidèle à lui-même, Bruno Dumont louvoie toujours entre l’austérité de son approche et l’envie d’en rire.

IMAGE FOURNIE PAR LES FILMS DU LOSANGE

Jeanne, de Bruno Dumont

L’an dernier à Cannes, le jury de la section Un certain regard a décerné une mention spéciale à ce film inclassable, qui irrite tout autant qu’il séduit. Sur le plan visuel, Jeanne est une splendeur.

Autre atout important : la jeune Lise Leplat Prudhomme dans le rôle-titre. Âgée d’à peine 10 ans au moment du tournage, l’actrice possède une présence remarquable, même si elle n’a pas l’âge du personnage. La justification du cinéaste ? Aucune actrice ayant déjà incarné Jeanne d’Arc au cinéma, de Renée Falconnetti à Milla Jovovich, en passant par Ingrid Bergman et Sandrine Bonnaire, n’a jamais eu l’âge exact de l’héroïne. Jeanne Voisin, qui incarnait Jeanne d’Arc adolescente à la fin du premier volet, n’étant pas disponible, le cinéaste s’est tourné vers celle qui l’incarnait enfant. Son instinct ne l’a pas trompé.

Prix Louis-Delluc, surnommé le « Goncourt du cinéma », Jeanne est offert à la location sur la plateforme du Cinéma Moderne.

★★★

Drame. Jeanne, de Bruno Dumont. Avec Lise Leplat Prudhomme, Annick Lavieville, Fabrice Luchini. 2 h 17