Par sympathie, par curiosité ou avec une certaine irritation, d’aucuns l’attendaient depuis un bon moment, ce premier film québécois financé, produit et distribué par Netflix. Il est maintenant arrivé ! Et, avis aux intéressés, Jusqu’au déclin est bon. Très bon même.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Ce premier long métrage de Patrice Laliberté a quelque peu un vent de fraîcheur et plaira sans doute à un large public. Oui, c’est un thriller d’une grande violence avec du sang et des morts. Mais ça bouge, ça brasse, ça fait peur, ça nous tient au bout de notre chaise et, pour employer un langage de la rue, c’est « dans ta face » !

À la sortie du visionnement, nous avions juste envie de dire bravo. Et vivement qu’on recommence !

Jusqu’au déclin raconte l’histoire d’Antoine (Guillaume Laurin), jeune père de famille inquiet de voir le monde dans lequel il vit dérailler. Il se prépare donc à toute éventualité en s’intéressant aux règles de base du survivalisme.

Souhaitant parfaire ses connaissances, Antoine s’inscrit à un séjour d’initiation à la survie en nature, cours donné par Alain (Réal Bossé), animateur d’un canal « survie » sur YouTube. Il n’y a rien de mal à ça. Il n’y a pas de mal non plus à savoir allumer et entretenir un feu, à trapper et vider un lapin (hé, oui ! c’est frontal), à constituer des réserves. En plus, tout ça se passe au grand air.

Mais un jour, durant un exercice, tout dérape. Alain, Antoine et tous les participants devront faire face à une situation létale non prévue. Très vite, les caractères sortent, les opinions s’expriment. Et la belle unanimité de participants explose. Le cours de survie en forêt bascule dans le film d’horreur.

Prévisible, la scène d’ouverture est néanmoins efficace et pave parfaitement la voie pour la suite du film. Plus loin, dans l’histoire, plusieurs punchs nous font davantage sursauter.

La distribution est particulièrement efficace. Marie-Evelyne Lessard, Guillaume Cyr, Marc Beaupré (qui campe ici un genre de Marc Arcand sur l’acide), Marilyn Castonguay et Marc-André Grondin sont tous très convaincants dans leur incarnation d’individus un peu en marge, austères, rigides, cartésiens, sur leurs gardes, convaincus d’une menace latente.

Il faut s’incliner devant Marc-André Grondin, qui aurait pu demander un rôle beaucoup plus important dans la distribution, mais qui, au contraire, a accepté le rôle le plus effacé. Enfin, c’est une façon de parler. Car Grondin livre (littéralement) sa personne au bénéfice de l’histoire comme d’autres donnent leur corps à la science.

Marie-Evelyne Lessard constitue quant à elle la grande révélation du film. Ex-militaire, la Rachel qu’elle incarne est une combattante acharnée, déterminée. Elle dégage une énergie de tous les instants. Ses yeux sont de braise. Son individualisme est intransigeant. Un très beau personnage.

Ici et là, on note quelques petits couacs. On aurait aimé, par exemple, que l’histoire se décline dans un décor un peu plus sale. Durant quelques passages, on aurait apprécié des dialogues moins poreux. Mais ailleurs, les réflexions de certains personnages sont visiblement alimentées par un discours de droite ancré dans le présent.

On devine aussi que le long métrage a été fait avec un budget limité (autour de 5 millions de dollars). Nous ne sommes quand même pas dans Skyfall ou un Tarantino ! 

Mais ces irritants sont, somme toute, très mineurs pour ce film à haute tension, diablement divertissant et qui remet en question nos valeurs face à « l’autre », surtout dans une situation de survie.

Ce premier film québécois signé Netflix passe le test haut la main.

★★★½

Jusqu’au déclin, de Patrice Laliberté. Avec Réal Bossé, Marie-Evelyne Lessard et Guillaume Laurin. Action. 1h22. En salle le 13 mars et disponible sur Netflix à compter du 27 mars.