À Alger dans les années 90, Nedjma, une jeune fille habitant la cité universitaire, rêve de devenir styliste et vend clandestinement les vêtements qu’elle confectionne à ses meilleures amies. Alors que la situation politique et sociale se dégrade, Nedjma défie tous les interdits et décide d’organiser un défilé de mode.

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

La « décennie noire » algérienne est vue ici à travers le regard de Nedjma (formidable Lyna Khoudri), 18 ans. À cette étape de la vie où, normalement, on s’émancipe en commençant sa vie d’adulte, souvent la tête pleine de rêves à concrétiser, la jeune femme voit la contamination de sa société par l’intégrisme. Des islamistes extrémistes commencent à imposer leur loi, appuyés aussi par certaines femmes déjà endoctrinées. Dehors, c’est la guerre civile. La sœur de Nedjma, journaliste, est d’ailleurs assassinée en pleine rue.

La cinéaste Mounia Meddour ne raconte pas son histoire personnelle dans Papicha (qui veut dire « jolie fille » en algérois), mais elle utilise néanmoins son expertise d’ancienne documentariste pour évoquer le contexte particulier dans lequel elle a elle-même vécu. Pour ce faire, elle a choisi un symbole puissant : la mode. Styliste talentueuse, Nedjma résiste à l’obscurantisme ambiant en magnifiant l’apparence des femmes, face à des intégristes qui souhaitent plutôt les forcer à s’effacer complètement sous le tchador.

IMAGE FOURNIE PAR A-Z FILMS

Papicha, de Mounia Meddour

Mounia Meddour se tient au plus près de ces jeunes femmes — l’amitié et l’humour tiennent un rôle important — et les plonge dans une histoire où l’on sent progressivement l’étau du dogme se refermer sur elles. Si les effets sont parfois un peu appuyés, la mise en scène, très fébrile, est en phase avec le climat oppressant qui tombe sur cette société comme une chape de plomb. Papicha est un bel hommage à toutes ces femmes qui, modestement, ont lutté — et luttent encore — pour leur liberté.

★★★½

Papicha. Un drame de Mounia Meddour. Avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Hilda Amira Douaouda. 1 h 45.

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