Uncut Gems fait partie de ces films qui peuvent autant séduire qu’exaspérer. Là où plusieurs cinéastes auraient sciemment choisi de laisser respirer le spectateur par moments, Benny et Josh Safdie (Good Time) n’empruntent qu’un seul mode : dans le tapis tout le temps, jusqu’au bout. On ne se parle pas dans Uncut Gems ; on se crie par la tête, toujours au bout de sa voix. Une simple discussion tourne inévitablement à l’affrontement et à l’insulte.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Au centre de ce monde chaotique, où les rapports humains sont constamment sous tension, se trouve Howard (Adam Sandler). Bijoutier tenant boutique dans le fameux Diamond District de New York, ce dernier, aussi joueur compulsif, a le don de toujours prendre les plus mauvaises décisions, aux plus mauvais moments.

Même s’il frôle maintenant la cinquantaine, Howard fait partie de ces hommes à qui la vie ne semble jamais rien apprendre sur eux-mêmes.

Le récit, que les frères cinéastes ont coécrit avec leur collaborateur habituel Ronald Bronstein, est construit de telle sorte qu’au fil de quelques jours, les tuiles n’en finissent plus de tomber sur la tête de ce pauvre Howard, dans tous les aspects de sa vie. 

IMAGE FOURNIE PAR A24

Affiche de Uncut Gems

Tout commence à déraper quand Kevin Garnett, joueur de basket vedette des Celtics de Boston, se présente à la boutique etemprunte, pour une journée, avec le consentement de Howard, une pierre spéciale « dont il ne peut plus se passer », mais que Howard avait promise à une vente aux enchères.

L’enchaînement d’évènements qui s’ensuit dépasse l’entendement, d’autant plus que Howard doit aussi gérer sa vie sentimentale et familiale, en crise également, entre son épouse (Idina Menzel) et son employée et maîtresse (Julia Fox). 

L’une des scènes les plus éloquentes survient lors de la représentation d’une pièce de théâtre dans laquelle joue sa fille à l’école, représentation à laquelle assistent les hommes de main d’un « créancier ». La force du récit réside justement dans la capacité de Benny et Josh Safdie à tirer le caractère humain de situations parfois surréalistes.

Époustouflant Sandler

Adam Sandler, à qui plusieurs observateurs prévoient une citation aux Oscars (c’est dans l’ordre du possible), livre ici une performance époustouflante. Pratiquement de tous les plans, l’acteur, qui avait déjà affiché son talent dramatique dans Punch-Drunk Love de Paul Thomas Anderson il y a plusieurs années, met les qualités qui ont fait de lui une vedette de l’humour au service d’un personnage à la fois charmeur et insupportable. 

Dans ce thriller éclaté dont on ressort à bout de souffle, il convient de souligner la qualité d’ensemble d’une imposante distribution.

Notez qu’Uncut Gems est à l’affiche à Montréal au Cinéma Moderne en version originale sous-titrée en français, et au Cinéma Dollar en version originale. Ce film, dont les droits d’exploitation à l’extérieur des États-Unis ont été acquis par Netflix, serait déposé sur la plateforme le 31 janvier, mais cette date reste à confirmer.

★★★½

Uncut Gems de Benny Safdie et Josh Safdie. Avec Adam Sandler, Lakeith Stanfield, Idina Menzel. 2 h 15.

> Consultez l’horaire du film : https://ouvoir.ca/2019/uncut-gems