Sur le plan médiatique, la chaîne de nouvelles en continu Fox News Channel est un véritable phénomène. Fondée en 1996 par le nabab australien Rupert Murdoch, la chaîne s’est vite positionnée à la droite de l’échiquier politique et est devenue, sous la présidence de Roger Ailes, le réseau d’information câblé le plus regardé par les Américains.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Il y a quelques mois, une série, The Loudest Voice, a déjà été consacrée à Roger Ailes (à qui Russell Crowe a prêté ses traits). Au tour de Jay Roach (Game Change, Trumbo) de s’intéresser au personnage, cette fois sous un angle plus précis, celui des allégations d’inconduites sexuelles formulées par quelques-unes des présentatrices vedettes de la chaîne. Ce scandale a d’ailleurs entraîné le renvoi de Roger Ailes (incarné magnifiquement par John Lithgow) de la chaîne en 2016, soit quelques mois avant sa mort, l’année suivante.

Le point de départ du récit est le fameux débat tenu en 2015 entre les candidats républicains aspirant à la présidence des États-Unis, que Megan Kelly (Charlize Theron) a mené en questionnant l’un d’eux, Donald Trump. La modératrice avait notamment rappelé au milliardaire ses commentaires désobligeants envers les femmes, ce qui, en retour, lui avait valu une réplique cinglante du candidat.

Portant à l’écran un scénario écrit par Charles Randolph (The Big Short), Roach s’attarde à décrire comment Gretchen Carlson (Nicole Kidman), la première animatrice à dénoncer les agissements de son patron, et Megan Kelly ont réussi à faire tomber un homme aussi puissant, très proche des hommes de pouvoir républicains.

Deux ans après le mouvement #metoo, Bombshell (Scandale en version française) est probablement le premier film à décrire aussi clairement comment Ailes avait installé son stratagème.

Une illustration éloquente

La télévision étant essentiellement un « médium visuel », comme il se plaisait à le dire, le patron n’hésitait pas à faire défiler devant lui celles qui rêvaient d’y faire carrière, dans une espèce de rituel où, avec la complicité d’une assistante, il se retrouvait seul avec elles derrière sa porte close. À ce chapitre, le malaise atteint son paroxysme quand la jeune Kayla (Margot Robbie), une chrétienne évangélique ambitieuse, doit mettre de côté toutes ses valeurs pour combler le regard malsain de celui qu’on surnommait aussi « Jabba the Hutt ». Quand, lors de la scène la plus puissante du film, ce dernier demande à la nouvelle recrue de relever un peu sa jupe, encore un peu et encore un peu plus, la nature du sentiment horrible qui peut alors envahir une personne harcelée est illustrée de façon éloquente.

Jay Roach s’attarde aussi à décrire comment le réseau s’y est pris pour « vendre » son idéologie en poussant la notion d’information spectacle – et le sexisme – encore plus loin. Roger Ailes exigeait d’ailleurs que les animatrices soient assises derrière des bureaux en plexiglas. Dans une émission de débat, on s’assure qu’une participante soit assise de côté au bout de la table, de sorte que les jambes soient bien mises en valeur…

Ceux qui ont suivi l’affaire il y a trois ans, ou qui connaissent déjà un peu l’univers de Fox News Channel, n’apprendront rien de vraiment neuf, mais apprécieront la qualité de la reconstitution. Porté par ses trois excellentes actrices, Bombshell a aussi le mérite de montrer comment faire changer la honte de camp.

IMAGE FOURNIE PAR MÉTROPOLE FILMS

Bombshell

★★★½

Bombshell (V.F. : Scandale), un drame social de Jay Roach. Avec Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie. 1 h 49