Sujet inépuisable, les atrocités commises sous le régime hitlérien et le nazisme renvoient aux scènes insoutenables des camps de concentration, au génocide des Juifs et à l’extermination d’individus (communistes, homosexuels, Roms, etc.) honnis par les défenseurs de la pureté aryenne.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Tout en faisant le constat de ces actes dégoûtants, le réalisateur Taika Waititi essaie ici de nous rappeler qu’Hitler, dans sa folie meurtrière, a aussi endoctriné et initié par centaines de milliers les enfants allemands pour en faire des machines à tuer. Ce faisant, il les a dépouillés, volés et délestés d’un élément fondamental de leur vie : leur enfance.

C’est le thème qui se trouve au cœur de Jojo Rabbit, long métrage créatif, innovateur, sensible, satirique et… risqué.

Risqué, parce que le cinéaste néo-zélandais de 44 ans propose une comédie satirique avec plusieurs moments hilarants sur un sujet plus que délicat. Peut-on réellement en rire ? Peut-on, aujourd’hui, nous présenter un Hitler coloré, casse-pied, fort en gueule et dans une forme du tonnerre ?

Certains ne suivront pas. De notre côté, après des premières minutes d’étonnement, la proposition nous est apparue non seulement singulière, mais convenable.

L’auteur dénonce, à sa façon, le nazisme, un peu comme Roberto Benigni l’avait fait, à la fin du siècle dernier, avec l’inoubliable La vie est belle.

L’histoire est donc celle de Jojo (Roman Griffin Davis), garçon de 10 ans qui a tout pour être intimidé, battu et mis à l’écart par les camarades de son âge. Ce qui sera fait au cours de son week-end d’initiation aux Jeunesses hitlériennes alors que, mis au défi de briser le cou d’un lapin, il échoue lamentablement.

IMAGE FOURNIE PAR FOX SEARCHLIGHT

Jojo Rabbit

Pour se consoler, il s’invente un ami imaginaire, nul autre que le Führer lui-même (Taika Waititi). Sa recherche du réconfort fonctionne… jusqu’à ce que Jojo découvre que sa mère Rosie (Scarlett Johansson) cache Elsa (Thomasin McKenzie), une adolescente juive, dans son grenier, ce qui, inévitablement, fera penser à l’histoire d’Anne Frank. Constatant qu’il ne peut la chasser (n’oublions pas qu’Hitler est son modèle), Jojo va peu à peu se rapprocher d’Elsa.

Raconté dans une mise en scène qui éclate de partout, avec quelques passages très brutaux et des métaphores renvoyant à un terrier de lapin, le film n’en aborde pas moins des thèmes d’une grande réalité, qu’ils soient de nature existentielle (l’enfance, le besoin de s’attacher à un groupe, avoir le ventre noué) ou historique (exécutions arbitraires, visite impromptue de la Gestapo, Allemands qui ont eu le courage de cacher des Juifs, etc.).

Un bémol, peut-être. Une des dernières scènes du film illustre la résistance désespérée de Berlin, alors que quiconque peut tenir une arme de poing ou un bazooka (femmes, enfants, vieillards, fascistes étrangers) tente de repousser l’ennemi. Or, bizarrement, on suggère que l’ennemi est américain alors que ce sont les Russes qui ont conquis Berlin. À la décharge du réalisateur, on notera que ce dernier n’identifie pas de façon formelle la capitale allemande.

La finale verse un peu dans le « feel good movie ». Mais cela ne nous a pas empêché de sortir bouleversé de la projection. Notamment en raison d’une interprétation en allemand de la chanson Heroes de David Bowie. Jolie façon de nous signifier qu’il faut garder espoir.

★★★½

Jojo Rabbit. Comédie satirique de Taika Waititi. Avec Roman Griffin Davis, Scarlett Johansson, Thomasin McKenzie. 1 h 48.

> Consultez l’horaire du film : https://ouvoir.ca/2019/jojo-rabbit