Le pari était difficile à tenir. Il fallait d’une part faire écho au phénomène des influenceuses et influenceurs en illustrant la manière trop cool que ces gourous nouveau genre empruntent pour s’adresser à leur public, sans trop tomber dans la caricature non plus.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Pour Juliette Gosselin, qui campe le personnage vedette, le défi d’actrice était d’autant plus grand qu’elle devait être crédible tant devant son iPhone que derrière. Là se situe d’ailleurs la réussite de ce premier long métrage de Mélanie Charbonneau.

En portant à l’écran le scénario qu’elle a écrit avec l’autrice Geneviève Pettersen, construit autour de personnages déjà créés pour leur série web Les stagiaires, la réalisatrice entraîne le spectateur dans l’envers du beau décor commandité. Avec, au centre de cette histoire, trois jeunes femmes, dont deux expriment des visions diamétralement opposées pendant que l’autre tente de trouver le juste milieu et de composer avec un phénomène devenu incontournable.

Cette volonté de proposer trois points de vue systématiquement différents dilue cependant un peu le propos, car il force les scénaristes à poser sur le phénomène un regard empreint de neutralité.

Il y a d’abord l’influenceuse vedette, Clara Diamond, née Gingras (Juliette Gosselin). S’adressant à son public dans une espèce de franglais à faire rougir les auteurs d’I want to pogne, la créatrice de contenu prodigue ses conseils de beauté et d’autres conseils de vie. Sa grande popularité attire l’attention des commanditaires et des médias. Livraisons de cadeaux en tous genres, superbe appartement, vêtements et accessoires griffés, bref, la grande vie. La belle existence de l’influenceuse se fissure toutefois le jour où l’amoureux (Mikhaïl Ahhoja), avec qui elle forme « tellement un beau couple », batifole avec une autre.

IMAGE FOURNIE PAR TÉLÉFICTION DISTRIBUTION

Fabuleuses, de Mélanie Charbonneau

La carrière de Clara prendra un nouvel envol quand, par hasard, elle fait la rencontre de Laurie (Noémie O’Farrell). Apprentie journaliste talentueuse, ignorée des médias branchés pour cause de nombre insuffisant d’abonnés sur Instagram, Laurie deviendra l’autrice fantôme des articles de Clara, au grand dam de sa coloc Élisabeth (Mounia Zahzam), une militante féministe.

Un regard objectif

Fabuleuses n’est pas une satire ni un pamphlet. C’est à la fois la force et la faiblesse de ce film, dans la mesure où l’on dépeint le phénomène de la façon la plus objective possible. Même si on tente ici de comprendre un phénomène généralement plus difficile à saisir pour les plus de 25 ans, le dernier acte distille néanmoins une forme de mise en garde un peu moralisatrice.

Mené à un bon rythme, Fabuleuses comporte de belles touches humoristiques et se révèle riche en observations. Il est aussi fascinant de constater à quel point la notion de vie privée est inexistante pour des gens prêts à tout — même à raconter tous les détails d’une rupture amoureuse — afin de générer des « J’aime » et préserver leur influence.

Ainsi, ce premier long métrage de Mélanie Charbonneau pourra tendre un miroir à ceux qui maîtrisent à fond l’art de l’Instagram, et initier les autres à un phénomène qui leur échappe. Et c’est plutôt divertissant.

★★★

Fabuleuses. Comédie dramatique de Mélanie Charbonneau. Avec Noémie O’Farrell, Juliette Gosselin et Mounia Zahzam. 1 h 49.

> Consultez l’horaire du film : https://ouvoir.ca/2019/fabuleuses