Même si la pertinence de nouvelles versions en prises de vues réelles de dessins animés classiques demeure toujours à prouver, il reste que les Jungle Book, Cinderella et Dumbo disposaient d’un net avantage : la distance de plusieurs décennies par rapport à la version originale.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Cela n’est pas le cas d’Aladdin, qui n’a même pas 30 ans. Le même cas de figure se posera d’ailleurs pour The Lion King, dont la nouvelle version sortira dans deux mois.

Qui plus est, le dessin animé de 1992, inspiré d’une histoire associée aux Contes des mille et une nuits, a été marquant, notamment grâce à la performance vocale — éblouissante — du regretté Robin Williams dans le rôle du Génie. L’acteur avait d’ailleurs improvisé en studio plusieurs de ses répliques, laissant libre cours à toute la folie de son Génie.

On salue le courage de Will Smith de reprendre le rôle « en vrai ». Mais le pari était pratiquement impossible à tenir, dans la mesure où l’inoubliable performance de Robin Williams reste encore trop fraîche à la mémoire. 

L’ancien homme en noir, qui revêt le bleu cette fois-ci, ne s’en sort pas trop mal, remarquez, surtout dans les numéros musicaux, auxquels il parvient à donner un rythme plus contemporain. Mais la forme plus « réaliste » du film restreint le personnage dans ses envolées. Il convient ici de noter qu’Anthony Kavanagh double Will Smith dans la version française.

Des numéros ambitieux

Empruntant la forme d’une comédie musicale (les chansons phares du dessin animé — Friend Like Me, Prince Ali, A Whole New World — côtoient quelques nouvelles pièces), Aladdin se distingue principalement par ses numéros de production très ambitieux, dont l’esprit rappelle parfois le cinéma de Bollywood. Le studio Disney n’a pas non plus lésiné sur les moyens au chapitre des décors.

IMAGE FOURNIE PAR DISNEY PICTURES

Aladdin

Cela dit, l’approche disnéenne relève pratiquement d’un autre âge, sur le plan tant de la forme que du fond. Même si l’histoire est campée dans un royaume ancien du Moyen-Orient, les protagonistes s’expriment en américain normatif, alors que les personnages périphériques sont dotés d’accents caricaturaux. 

Le facteur « mignon » est par ailleurs assuré par Abu, le singe capucin (fidèle compagnon d’Aladdin), et par le tout aussi indispensable tapis volant.

Honnête mais pas grandiose

Dans le rôle du garçon des rues futé qui se retrouve en possession de la fameuse lampe magique, Mena Massoud (vu dans la série Jack Ryan) livre une performance honnête, à défaut d’être grandiose. On peut en dire autant de Naomi Scott (The 33), l’interprète de la princesse Jasmine, même si le rôle a été un peu étoffé.

Guy Ritchie, dont la personnalité de cinéaste semble s’être un peu égarée au fil des ans (Lock, Stock and Two Smoking Barrels et Snatch remontent à loin), maintient le tout à un bon rythme, et donne à son film une allure rappelant parfois les classiques du film d’aventures à la Spielberg, façon Indiana Jones. Le tout aurait cependant gagné à être resserré.

À l’arrivée, Aladdin constitue un divertissement à l’ancienne, correctement fait. Le souvenir du dessin animé se révèle toutefois encombrant.

★★★ Aladdin. Comédie fantaisiste de Guy Ritchie. Avec Mena Massoud, Naomi Scott, Will Smith. 2h08.

> Consultez l’horaire du film