La réalisatrice Sophie Fiennes s'est effacée carrément derrière son sujet. Durant deux heures, sa caméra se colle à l'artiste, la (pour)suit dans ses moindres gestes et déplacements ; jusqu'à ses conversations téléphoniques qui sont filmées durant de longues minutes.

Publié le 29 juin 2018
Luc Boulanger LA PRESSE

Le résultat est à la fois irritant et fascinant. Grace Jones... est un documentaire trop long, trop impressionniste et trop elliptique. Toutefois, à défaut de nous donner les clés pour connaître et comprendre la chanteuse, le film synthétise l'univers de l'artiste. Qui se résume ainsi : là où il n'y a pas de chaos, il n'y a pas de création. 

Elle vient de loin, l'amazing Grace. D'une famille très religieuse et pauvre de la Jamaïque, terrorisée par un père violent. Même s'il est mort, sa présence se fait sentir dans le film, lorsque Jones est sur les traces de son enfance à Spanish Town. « Quand je monte sur scène, je deviens mon père, dit-elle. Je me transforme en un personnage masculin, dominant, terrifiant. » 

Ne comptez pas sur la cinéaste pour vous donner des repères. Le film est sans narration ni chronologie, sans exergue ni interview. C'est un flot d'images au vol, une bio son-lumière.

N'espérez pas, non plus, (re)voir ses débuts comme mannequin à Paris, sa rencontre avec Andy Warhol et ses frasques au Studio 54, et ses performances au temps où Grace Jones était la « reine du disco gai ». 

Par contre, le film est généreux sur les prestations scéniques. Avec des tubes comme Slave to the Rhythm, Pull Up to the Bumper ou I Need a Man. On la voit aussi en studio avec ses musiciens, en train de réaliser un nouvel album de son cru, qu'elle finance de sa poche. 

Une artiste hors norme pour un film hors norme.

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Grace Jones : Bloodlight and Bami (V.O.S.T.F. : La vie en Grace Jones). Documentaire musical de Sophie Fiennes. Avec Grace Jones, Jean-Paul Goude et Sly & Robbie. 1 h 55

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Image fournie par la production

Grace Jones: Bloodlight and Bami