L'histoire: Vingt ans après avoir trouvé refuge en France, Marco, ancien militant d'extrême gauche d'origine italienne, est menacé d'extradition vers son pays d'origine où il est accusé d'avoir assassiné un juge. Cette affaire remue le passé trouble de Marco en plus d'éclabousser la vie de sa fille Viola et celle de sa famille immédiate demeurée en Italie.

ANDRÉ DUCHESNE LA PRESSE

On est toujours responsable de ses actes. Même cinq ans, dix ans, vingt ans après les avoir commis. La preuve, éclatante, nécessaire, justifiée, nous en est offerte depuis quelques mois avec le mouvement #metoo.

Dans un autre registre, cela s'avère dans l'histoire de Marco (Giuseppe Battiston), extrémiste de gauche italien rattrapé par la levée de la Doctrine Mitterand. Si l'histoire racontée ici est fictive, la doctrine est réelle et demande des explications.

En 1985, l'ancien président socialiste s'engage verbalement à ne pas extrader les anciens extrémistes gauchistes d'Italie réfugiés dans l'Hexagone s'ils sont rentrés dans le rang. Celle-ci est levée en 2002 sous Jacques Chirac.

Dans le film, Marco représente l'archétype du réfugié politique rattrapé par son passé. Lorsque la menace d'extradition devient réelle, il fuit à la campagne. Obligée de le suivre, sa fille Viola (Charlotte Cétaire) est la première victime collatérale de ce changement radical dans la vie de Marco. Restés en Italie, des membres de sa famille en paient aussi le prix.

Le spectateur fait des allers-retours entre l'Italie et la France, baignant dans un condensé de rancunes, d'amertume et d'esprit de vengeance. Le malaise, la culpabilité, l'inquiétude de chacun sont palpables. Le duo père-fille, traversé de rapprochements et d'affrontements, est particulièrement réussi.

La mise en scène d'Annarita Zambrano est notable. L'histoire est plantée dans un décor naturaliste et traversée de silences qui permettent de saisir l'embarras des personnages. Des plans-séquences en retrait (un repas filmé à travers une fenêtre, par exemple) reflètent l'atmosphère lourde qui entoure les personnages. Au bout du compte, le spectateur ressent parfaitement le poids des responsabilités de Marco et le cataclysme engendré par son passé trouble.

Mené à un train d'enfer, le film se termine sur un ressort discutable. La cinéaste a-t-elle voulu trop en faire avec les hasards, parfois douloureux, de la vie ? N'empêche. Son oeuvre, remarquable à plusieurs points de vue, va nous habiter très longtemps.

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Dopo la guerra (Après la guerre). Drame d'Annarita Zambrano. Avec Giuseppe Battiston, Barbora Bobulova et Charlotte Cétaire. 1 h 32.

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Image fournie par K-Films Amérique

Après la guerre