L'insulte: le poids des mots ***1/2

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Ce film libanais, finaliste aux Oscars dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère, évoque la situation complexe - et explosive - du Moyen-Orient à travers une simple dispute dans un voisinage. D'une très grande efficacité, le plus récent long métrage de Ziad Doueiri (West BeyrouthL'attentat) parvient à décrire l'inconscient collectif d'un pays entier à partir d'une anecdote des plus banales en apparence.

Le quartier de Beyrouth dans lequel habite le garagiste Toni (Adel Karam) avec sa femme enceinte (Camille Salameh) est en rénovation. Quand les contremaîtres responsables des travaux cognent à sa porte pour gentiment lui demander de réparer une gouttière de balcon défectueuse et non conforme, qui n'a de cesse d'arroser les passants, Toni, Libanais chrétien, accuse sèchement une fin de non-recevoir.

Visiblement, la simple présence face à lui de Yasser (Kamel El Basha), chef de chantier palestinien et musulman, réfugié au Liban, irrite Toni au plus haut point. Aussi n'hésite-t-il pas à faire en sorte que sa gouttière déverse son résidu juste au moment où Yasser passe sous le balcon. Les deux mots que lancera alors le contremaître au garagiste déclencheront un conflit personnel qui ne pourra faire autrement que de dégénérer. Pour s'être fait traiter de «sale con», Toni exige en effet des excuses de la part de Yasser, tout en tenant face à son interlocuteur des propos incendiaires. Un coup de poing sera donné à la place des excuses attendues.

Cet accrochage entre deux hommes bien campés sur leur position respective aboutira en cour.

Du coup, l'atmosphère s'enflamme et atteint la sphère politique en opposant les deux communautés, d'autant que Toni soutient les discours plus radicaux ayant pour cible les réfugiés palestiniens.

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L'insulte

Image fournie par AZ Films

La force du propos

L'insulte prend ainsi la forme d'un drame judiciaire classique - avec les scènes de procès qui s'y rattachent -, mais le cinéaste élargit son propos en évoquant aussi une page plus méconnue de l'histoire de son pays. En 1976, des civils chrétiens ont été massacrés par des milices palestiniennes à Damour, l'endroit où Toni a vécu ses premières années de vie.

De cette façon, Ziad Doueiri explore non seulement les mécanismes qui peuvent mener à une situation explosive - voire une guerre -, mais il rappelle aussi à quel point un événement traumatique - même lointain - peut nourrir un sentiment d'injustice et conditionner l'âme humaine. 

À cet égard, L'insulte se distingue davantage par la force de son propos et la neutralité de son approche que par les qualités de la réalisation. On louera par ailleurs la qualité d'interprétation d'ensemble en rappelant que Kamel El Basha a remporté l'an dernier le prix du meilleur acteur à la Mostra de Venise grâce à sa composition.

* * * 1/2

L'insulte. Drame de Ziad Doueiri. Avec Adel Karam, Kamel El Basha, Camille Salameh. 1 h 53. 

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