Reconnu comme dramaturge, Martin McDonagh signe ici, après In Bruges et Seven Psychopaths, un troisième long métrage remarquable, duquel émane un humour jouissif et très grinçant, même s'il traite sérieusement - sans les éviter - les thèmes graves qu'il aborde au passage. Du même souffle, ce film raconte aussi quelque chose de l'Amérique profonde d'aujourd'hui, celle qui se sent complètement lésée et méfiante à l'égard du système, peu importe l'ordre de gouvernement.

Marc-André Lussier LA PRESSE

Aux abords d'une route désormais peu fréquentée menant à la petite localité d'Ebbing, dans l'État du Missouri, flétrissent depuis de nombreuses années trois immenses panneaux arborant des publicités relevant d'une époque où il était encore possible de croire au rêve américain.

Mildred Hayes (Frances McDormand), qui habite dans le patelin, a l'idée de louer ces panneaux à d'autres fins. Elle fait ainsi installer d'immenses affiches, sur lesquelles on peut lire un message, divisé en trois phrases. On y interpelle directement le shérif Willoughby (Woody Harrelson), qui dirige les forces policières de l'endroit, plus intéressées à « torturer les types noirs », selon Mildred, qu'à trouver le meurtrier de sa fille adolescente, violée, tuée et incinérée sept mois plus tôt sans qu'aucun indice ne fasse encore évoluer l'enquête.

UN PORTRAIT PLUS COMPLEXE

C'est bien là que se déploie tout le talent de dramaturge et de cinéaste de McDonagh.

À partir de ce point de départ, déjà très fort, ce dernier entraîne le spectateur dans un univers où toutes les idées reçues sont détournées, au profit d'un portrait beaucoup plus complexe que prévu.

Ainsi, le shérif n'est pas du tout le flic pourri qu'on attendait. À vrai dire, il est le personnage le plus « équilibré » de la faune bigarrée qui peuple cette histoire. Même son bras droit (Sam Rockwell, hallucinant), un fils à maman d'une stupéfiante stupidité, n'est peut-être pas aussi irrécupérable qu'il en a l'air.

Et puis, cette Mildred, dont la souffrance lui fait voir le monde sans aucune nuance, n'est pas toujours montrée sous son meilleur jour. Mais la causticité de son regard, son aplomb, sa façon de contester l'autorité, de quelque nature qu'elle soit, possède assurément un effet libérateur.

FRANCES McDORMAND, PRODIGIEUSE

D'une écriture précise, serti de dialogues ciselés au scalpel, le scénario emprunte des avenues inattendues, où chacun des personnages périphériques a l'occasion de briller, qu'il s'agisse de l'ancien mari, de la nouvelle conjointe de ce dernier (âgée de 19 ans) ou de l'homme de petite taille qui en pince pour Mildred, malgré le caractère, disons difficile, de celle qu'il aura le malheur de vouloir accompagner à un dîner...

Tous les acteurs sont ici au sommet de leur art. Woody Harrelson trouve l'un de ses plus beaux rôles, tout comme Sam Rockwell, qui parvient à rendre son personnage attachant, malgré sa nature détestable.

Cela dit, la réussite du film est principalement due à Frances McDormand, tout simplement prodigieuse. Ne vous étonnez pas si l'actrice, 21 ans après Fargo, se retrouve de nouveau avec une statuette dorée dans les mains.

Rappelons qu'en plus du prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise, Three Billboards Outside Ebbing, Missouri, aussi présenté en version doublée française, a obtenu le prix - très convoité - du public au festival de Toronto (TIFF).

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Three Billboards Outside Ebbing, Missouri (V.F. : Trois affiches tout près d'Ebbing, Missouri). Comédie dramatique de Martin McDonagh. Avec Frances McDormand, Sam Rockwell, Woody Harrelson. 1 h 55

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Image fournie par Fox Searchlight

Three Billboards Outside Ebbing, Missouri