Anabelle Nicoud LA PRESSE

Dans les années 80, la guerre éclate au Soudan. Près de deux millions de soudanais périssent dans un conflit qui s'enlise encore aujourd'hui. Quatre millions d'entre eux ont du se réfugier en Ethiopie, puis au Kenya.

John Dau, Daniel Abul Pach, Panther Blor n'étaient que des enfants quand ils ont dû fuir, sans leurs familles, leur pays natal. Orphelins, ils sont les survivants de ces 25 000 «enfants perdus», qui ont parcouru plusieurs milliers de kilomètres à pieds avant d'atterrir dans un camp de réfugié du Kenya.

Après plusieurs années d'attente, 3800 d'entre eux obtiennent le statut de réfugiés politiques pour les États-Unis. Un aller simple vers le bonheur, la prospérité et la liberté? Pas si sûr. C'est avec un quotidien nouveau, fait de dollars américains, certes, mais aussi de solitude, d'incompréhension et de journées de travail sans fin que les trois jeunes hommes devront composer.

Le projet de Christopher Dillon Quinn rend hommage au courage et à la force de jeunes néo-américains, victimes d'une guerre oubliée. Filmé pendant plusieurs années, God grew tired of us donne à voir une réalité riche et complexe. Très remarqué lors de l'édition 2006 du festival de Sundance, le film, non dénué d'humour, montre des personnages faisant preuve d'un courage exemplaire.

Sans rien enlever à la réussite du documentaire, on peut regretter que ce genre de projet doive presque systématiquement s'accompagner de l'habituel gratin hollywoodien (le producteur Brad Pitt, la narratrice Nicole Kidamn), qui se redore ainsi le blason à bas prix.

God Grew Tired of Us
Documentaire de Christopher Dillon Quinn et Tommy Walker. Avec John Dau, Daniel Abul Pach, Panther Blor et Nicole Kidman (voix).

Saisissant documentaire sur le destin de trois jeunes hommes, qui ont quitté le Soudan aux débuts de la guerre, pour se réfugier au Kenya, avant de devenir des réfugiés politiques aux États-Unis.

Un documentaire riche et unique, qui suit sur plusieurs années ses personnages. De l'atrocité de la guerre à la rudesse du monde occidental, les réalisateurs signent un film humain et juste. Un regret : avait-on besoin du vernis politiquement correct de Nicole Kidman et autres Brad Pitt ? Pas sûr.

*** 1/2