Aleksi K. Lepage LA PRESSE

Eldorado, par son titre seul, laisse évidemment penser à un road movie, ce qu’il est tout à fait: road movie belge, d’une grande beauté qui présente des personnages marginaux, un peu perdus dans la vie, qui se sont rencontrés par hasard et qui prennent ensemble la route vers Dieu sait où, c’est-à-dire à travers les campagnes de ce que Brel appelait le plat pays.

Yvan (Bouli Lanners, aussi auteur du film) est un vieux bonhomme aigri, habitant seul dans une cabane en périphérie de la ville. Il retape et revend de vieilles bagnoles. Elie (Fabrice Adde) est un jeune éclopé, cambrioleur par nécessité, qu’on devine drogué et qui a trouvé dans la maison d’Yvan de quoi s’emplir les poches. Yvan prend le petit voleur sur le fait, mais s’attache spontanément au garçon et, après discussion, accepte de le reconduire chez ses parents. On comprendra plus tard qu’Yvan a récemment perdu son frère cadet, mort d’une surdose, et que cet Elie, au fond inoffensif et peut-être junkie, est pour lui une sorte de petit frangin de remplacement.

À deux ils parcourront les routes de la Belgique, magnifiquement filmées par Bouli Lanners comme s’il s’agissait des routes du Far West américain – sorte de splendeurs naturelles gâchées par l’ordinaire raclure industrielle – et se lieront tous les deux d’une étrange amitié, le vieux faisant le grand frère. Au bout de cette étrange aventure, il y aura rupture.

Eldorado est un road movie «classique»: deux personnages chacun en proie à ses démons intérieurs, chacun en quête de quelque chose qui ressemble à de l’espoir, ensemble confronté au danger, unis dans un voyage un peu absurde et pourtant nécessaire. Yvan et Elie feront des rencontres incroyables durant leur périple: un collectionneur de vieilles voitures qui rappelle, par sa fixation perverse pour les accidents de la route, l’un ou l’autre des personnages du Crash de Cronenberg; un mystérieux nudiste assumé et décomplexé; des pauvres types des quartiers malfamés et autres phénomènes.

Cela pourrait donner dans le cliché, mais Lanners apporte un soin d’orfèvre à tous les égards: le casting est impeccable, l’image est fantastique, les dialogues savamment réduits au minimum et la musique, d’une beauté granuleuse, souligne sans appuyer le passé et le destin de ces deux êtres égarés, de cette rencontre improbable, à la fois chaleureuse et décevante.

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***1/2
Eldorado
Drame de Bouli Lanners. Avec Bouli Lanners, Fabrice Adde, Philippe Nahon. 1h24.

Deux hommes, un vieux et un jeune, traversent ensemble, après une rencontre inattendue, les routes de la campagne belge, croisant au détour des personnages hors du commun.

L’exemple parfait du meilleur road movie.