Jean Siag LA PRESSE

Le nouveau tandem d'Item 7 ne pouvait espérer meilleur projet pour lancer sa boîte de production. Avec le nouveau film de Jean-Marc Vallée, Café de Flore, Pierre Even et Marie-Claude Poulin visent rien de moins qu'une sélection à Cannes.

Pierre Even n'est pas nécessairement connu du grand public, mais dans le petit milieu cinématographique québécois, il se fait remarquer depuis plusieurs années. Avec Marie-Claude Poulin, anciennement d'Equinoxe Films, il forme un duo qui ne manque pas d'ambition, c'est le moins que l'on puisse dire.

Il est vrai qu'au cours des sept années pendant lesquelles il a travaillé à Cirrus Communications, Pierre Even a produit plusieurs films importants, à commencer par C.R.A.Z.Y., de Jean-Marc Vallée, mais aussi Nitro (d'Alain Desrochers), Le banquet (Sébastien Rose) et 5150, rue des Ormes (Éric Tessier). Sa rencontre avec Marie-Claude Poulin date d'il y a 20 ans, alors que tous deux travaillaient chez Malofilm Distribution. C'est là qu'ils ont fait leurs classes, avant d'emprunter chacun des chemins différents, qui ont fini par se recouper en 2009. Avec un désir commun: produire des longs métrages de qualité.

Leur nouvelle collaboration avec Jean-Marc Vallée est le résultat de leur rencontre fructueuse avec le réalisateur qui a donné naissance à C.R.A.Z.Y. en 2005, succès imprévisible mettant notamment en vedette Marc-André Grondin et Michel Côté, qui a raflé des prix dans à peu près tous les festivals de cinéma.

Pour Café de Flore, Jean-Marc Vallée s'est naturellement tourné vers Item 7, qui a coproduit le film avec la Française Monkey Pack Films. Doté d'un budget de 10 millions et écrit peu après le tournage de The Young Victoria, Café de Flore met en vedette des comédiens d'ici (Kevin Parent, Évelyne Brochu, Hélène Florent, Evelyne de la Chenelière, etc.) et de France, avec en tête Vanessa Paradis, une prise de taille qui a manifestement facilité le financement du film.

L'action se déroule à la fois à Paris dans les années 60 et à Montréal aujourd'hui, où deux histoires parallèles se croisent. Celle d'une jeune Parisienne (Vanessa Paradis), qui a un enfant trisomique, et celle d'un DJ montréalais (Kevin Parent). À noter: aucun des deux interprètes ne chante... Le tournage de Café de Flore, qui a eu lieu cet automne à Montréal et à Paris, est maintenant terminé. Item 7 espère le lancer pour le Festival de Cannes au printemps. Si le film n'est pas sélectionné, la sortie sera reportée à l'automne, à temps pour les festivals de Toronto et Venise.

En France, le film est déjà programmé pour le mois de novembre 2011. Et prévendu en Belgique et aux Pays-Bas. Les deux producteurs ne peuvent évidemment pas savoir si le film aura du succès, mais ils sont confiants. «C'est rare qu'on travaille sur un scénario aussi achevé», souligne Marie-Claude Poulin.

Premier bilan

Après un an et demi, quel bilan font-ils des activités d'Item 7? «Ce que l'on constate, nous dit Pierre Even, c'est que les créateurs nous font confiance. Au fond, ce qu'on cherche à faire, c'est de leur donner les moyens d'aller jusqu'au bout de leur vision. C'est ce qu'on a voulu faire avec Jean-Marc.»

Cette dernière phrase plaira à coup sûr aux cinéastes! Mais les projets de films produits par Item 7 sont passés au peigne fin. «Il faut que le scénario soit béton, nous dit Pierre Even. Mais nous sommes prêts à prendre des risques.»

Parlant de risques, les deux producteurs étaient conscients, dès le départ, que l'embauche de Kevin Parent, dont c'est la première expérience au cinéma, ferait sourciller un certain de nombre de gens. Mais ils sont convaincus d'avoir pris la bonne décision.

«Marc Labrèche a d'ailleurs fait un sketch dans son émission où il se paye la tête de Kevin, indique Pierre Even, amusé. Mais la vérité, c'est qu'il a de la présence et du charisme. Il était entièrement à l'écoute de Jean-Marc et le résultat est tout simplement incroyable», souligne-t-il.

Des budgets conséquents

Les films produits par Item 7 ont des budgets variables, qui oscillent entre 2 et 10 millions. Mais les deux producteurs constatent tout de même que les films qui voyagent (Les invasions barbares, La grande séduction, Incendies) et se vendent bien se démarquent par la qualité de leur production. Bien souvent, ce sont des films qui disposent de budgets importants.

«Même si nous pouvons produire des films à plus petits budgets, ce n'est certainement pas en les réduisant que nous produirons des films de qualité, aiment rappeler Pierre Even et Marie-Claude Poulin. C'est même une condition essentielle pour faire reconnaître le cinéma québécois comme cinéma à part entière, capable de rivaliser avec des films américains et européens.»

Item 7 a deux autres projets sur les rails: le nouveau film de Kim Nguyen, Komona, récit d'une enfant-soldate africaine de 14 ans qui raconte sa vie à son enfant à naître et dont le financement vient d'être confirmé; et Meetings With a Young Poet, de Rudy Barichello, qui fait le récit d'une rencontre entre un jeune poète et le dramaturge irlandais Samuel Beckett. Au mois de janvier, la jeune maison de production lancera (avec Cirrus) le film Une vie qui commence de Michel Monty. Chacun de ces projets s'inscrit dans la vision des producteurs, qui est de nourrir le cinéma québécois et le faire rayonner.

«On travaille vraiment dans ce sens, dit Pierre Even. Peu importe le genre, on veut produire les meilleurs films et les faire voyager à l'extérieur du Québec.»