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Sébastien Pilote: Chicoutimi et le Sundance Kid

Le comédien Gilbert Sicotte (à droite) tient l'affiche... (Pierre Dury)

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Le comédien Gilbert Sicotte (à droite) tient l'affiche du film Le vendeur, réalisé par Sébastien Pilote.

Pierre Dury

Le vendeur, premier long métrage du Saguenéen Sébastien Pilote, sera en compétition au prochain festival de Sundance. Un prestigieux coup de pouce pour ce jeune réalisateur de 37 ans qui aimerait bien conquérir le monde à partir de Chicoutimi.

Quand la nouvelle est tombée, Sébastien Pilote n’a pas crié victoire. Il n’a pas sablé le champagne ni dansé la farandole en famille. Pas son genre. «Je ne suis pas quelqu’un qui exprime facilement sa joie. Je deviens vite mon propre avocat du diable et les angoisses s’en mêlent», confie-t-il au téléphone de Chicoutimi.

N’empêche. Que son film, Le vendeur, ait été sélectionné en compétition officielle au prochain festival de Sundance lui a quand même fait un petit velours. Déjà, des médias américains ont commencé à s’intéresser au jeune cinéaste, qui se rendra sur place du 20 au 30 janvier prochains. Entre les branches, on murmure que les organisateurs ont particulièrement apprécié le film, que le site web de Sundance qualifie «d’élégant et assuré». Pour un premier long métrage, c’est ce qu’on appelle entrer par la grande porte.

«On a frappé le gros lot, reconnaît Sébastien Pilote. Sundance, c’est le premier festival de l’année. Veux, veux pas, ça fait parler du film et ça donne la chance de gagner des trophées.»

Sébastien Pilote s’attendait à ce que Le vendeur soit sélectionné par un festival européen, parce que son film précédent, le court métrage Dust Bowl Ha! Ha!, avait fait bonne figure aux festivals de Locarno et de Barcelone en 2007.

Mais à bien y penser, le réalisateur n’est pas si surpris. Après tout, dit-il, Le vendeur est un film très nord-américain, tant par ses influences que par ses ambiances et son propos. «Des fois, j’avais l’impression de faire un western», résume-t-il en évoquant son admiration pour les maîtres de «l’americana» comme Bob Dylan, John Steinbeck et Woody Guthrie.

Tourné dans la petite ville de Dolbeau-Mistassini, Le vendeur raconte l’histoire d’un concessionnaire de voitures d’occasion sur le déclin (Gilbert Sicotte) qui se lie d’amitié avec un travailleur au chômage.

Rien de très jojo dans cette chronique poético-réaliste, qui se joue en plein hiver sur fond de crise économique et de fermeture d’usine. Mais Sébastien Pilote n’avait pas envie de faire du divertissement pop-corn. Convaincu, comme le disait Cassavetes, que le cinéma doit nous ramener sur terre et non nous en sortir, le jeune cinéaste souhaitait avant tout montrer des gens ordinaires, emportés par les drames et la banalité du quotidien. En d’autres mots, il voulait gratter sous la surface et parler des vraies affaires.

«Il y a tellement de choses qui sont faites pour être consommées rapidement. Disons que j’avais envie de faire un film plus long en bouche. Un film avec des résonances universelles», explique-t-il.

Hors de Montréal, le salut

Universelles et, pourtant, profondément locales.

Depuis qu’il a cofondé le festival Regard sur le court métrage de Chicoutimi, Sébastien Pilote revendique haut et fort l’existence d’un cinéma régional assumé. Alors que Dust Bowl Ha! Ha! a été tourné à La Baie, Le vendeur, lui, se déroule entièrement à Dolbeau.

Pour ce Saguenéen d’origine, qui a encore toute sa famille et plusieurs de ses amis à Chicoutimi, ce choix est aussi artistique que politique. «Pour avoir un pays, il faut l’occuper, dit-il, avec l’assurance de celui qui a pensé à son affaire. Et quand je dis un pays, je ne veux pas seulement dire physiquement, mais aussi sur le plan de l’imaginaire.»

Loin d’être anti-métropole («j’adorerais vivre dans une grande ville»), Sébastien Pilote n’est pas non plus bêtement gaga de sa région. Ses films n’ont rien d’une carte postale et ses propos au téléphone sont aussi durs envers la mairie de Chicoutimi, qu’il dit bien peu portée sur la culture. Mais ça ne l’empêche pas d’apprécier tout le potentiel poétique de son coin de pays. «Où, sinon en campagne, peux-tu filmer des bénédictions de motoneiges? lance-t-il en riant. Vrai que les médias s’intéressent moins à ce qui se passe en dehors de Montréal, ajoute-t-il plus sérieusement. Mais ce n’est pas une raison pour avoir des complexes. Ceux qui pensent qu’il faut être à New York pour être un artiste visuel intéressant se trompent...»

Orbite et durée


Né dans le petit village de Saint-Ambroise, Sébastien Pilote a découvert le cinéma en filmant les mariages de famille. Mais la vraie piqûre a eu lieu au cégep, quand il a découvert tous les grands créateurs du septième art au contact d’un prof particulièrement inspirant. «J’ai tout dévoré, heureusement, je me suis calmé», relate-t-il.

Après la première mouture, il a rejoint Éric Bachand à l’organisation du festival Regard sur le court métrage, manifestation qui continue d’attirer beaucoup de gens à Chicoutimi. Puis il a travaillé comme réalisateur à Télé-Québec, avant d’être remarqué pour Dust Bowl Ha! Ha!, petit film de 13 minutes sur un jobbeur qui a perdu son emploi. Ce court métrage particulièrement réussi est tombé dans l’oeil du collègue Bernard Émond, qui a «vendu» le jeune réalisateur aux producteurs de l’ACPAV, Marc Daigle et Bernadette Payeur.

Réalisé avec un budget de 2,8 millions, Le vendeur devrait achever de mettre le «Chicoutimi kid» en orbite. Cela dit, les ambitions du cinéaste restent modestes. Peu importe les prix et les trophées, dit-il, sa seule ambition est de durer.

«Je veux bâtir quelque chose qui se tient. Une oeuvre cohérente. Mais je n’ai pas le goût de faire n’importe quoi. Je ne veux pas être cinéaste à tout prix. J’écrirais des poèmes, je serais aussi heureux...»




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