Robert Naylor et France Castel: aimer sans compter

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Dans ce premier long métrage d'Ara Ball, clin d'oeil au classique Harold et Maude, Robert Naylor et France Castel tombent amoureux malgré les 56 ans qui les séparent. Et, non, il ne s'agit pas d'un amour platonique. Nous avons discuté du tabou de l'écart d'âge entre un jeune homme et une femme d'âge mûr avec les deux comédiens principaux.

Nous sommes en 1995, et le jeune Miron (Robert Naylor), 17 ans, est sur une mauvaise pente, au bord d'échouer à sa dernière année au secondaire. Ses parents (Julie Le Breton et Patrice Robitaille) décident de le traîner à la campagne pour l'été, afin de l'isoler de ses mauvaises influences et de rattraper son année scolaire. Miron noue une amitié avec la voisine, Florence (France Castel), une sympathique dame de 73 ans un peu délurée, tout le contraire de ses parents, et dont il finira par s'enticher. Ils deviennent amants, ce qui perturbe à peu près tout le monde autour d'eux.

C'est cette audace qui a séduit France Castel, en lisant le scénario écrit à la main par Ara Ball, jeune cinéaste qui nous a donné les courts métrages Le pédophile et L'ouragan Fuck You Tabarnak!

«C'est quelqu'un de bien, de très poétique, qui voulait rendre hommage à sa grand-mère qui lui a fait aimer le cinéma par Harold et Maude. C'est un cinéaste qui ne s'intéresse qu'à des sujets tabous.»

Au contraire d'Harold et Maude (le film de Hal Ashby de 1971), qui était une comédie fantaisiste ayant pour thème la mort, Quand l'amour se creuse un trou propose une authentique histoire d'amour entre deux êtres que des décennies séparent. En cette période où l'on parle beaucoup de la notion de consentement ou du rapport d'autorité entre des adultes et de jeunes personnes lorsqu'il est question de relations sexuelles, on se dit qu'une telle histoire entre un vieil homme et une ado ne passerait tout simplement pas.

«C'est différent, en fait, parce qu'une jeune fille avec un homme plus vieux, c'est quelque chose qu'on a vu souvent dans notre société et qu'on accepte moins maintenant, croit Robert Naylor, qui a aussi composé la musique du film. Si on inversait les sexes des personnages, ce ne serait juste plus la même histoire. Ce qui est important ici, ce n'est pas la relation entre un homme et une femme, mais entre deux personnages. Ce n'est pas nécessairement l'écart d'âge qui définit leur relation dès le début. Ara Ball voulait choquer un peu, mais il voulait surtout que ce soit unique et intéressant.»

«Au fond, poursuit-il, je pense que c'est le côté maternel qui vient jouer souvent là-dedans.»

«C'est difficile pour une mère de 50 ou 60 ans de ne pas ressentir des sentiments maternels envers un très jeune homme. France me parlait de ça, du côté maternel qu'elle a dû enlever.»

«Avec #metoo maintenant, on parlerait probablement de détournement de mineur, j'imagine, dit France Castel. Je n'ai pas vraiment d'opinion là-dessus, je suis personnellement une femme assez libre, on ne sait pas ce que quelqu'un va chercher, dans une relation, et pourquoi... Mais c'est sûr qu'il faut protéger les mineurs, c'est sûr que le non-consentement est inacceptable. Mais dans cette histoire, ce n'est vraiment pas quelque chose de forcé. C'est certain que moi, je trouve que le personnage est un peu jeune par rapport à elle. Pour moi, maintenant, un jeune homme, c'est quelqu'un de 45 ans et plus! [rires]»

Robert Naylor dans Quand l'amour se creuse un... (Photo fournie par Fragments) - image 2.0

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Robert Naylor dans Quand l'amour se creuse un trou

Photo fournie par Fragments

Le désir tabou

France Castel et Robert Naylor ont dû tourner quelques scènes intimes, qui pourraient en étonner certains. Un autre acteur devait jouer Miron au départ, et France Castel nous explique qu'elle s'était réservé le droit de refuser, mais la chimie avec Robert Naylor a été immédiate. «Il est très spécial, très solide, dit-elle. Je lui ai demandé: "Qu'est-ce que ça te fait d'embrasser une vieille femme comme moi?" Il m'a répondu que, pour ces gens-là, ça faisait partie de l'excitation. J'ai compris alors qu'on parlait vraiment de deux personnages. Je me suis très bien entendue avec lui, il était très ouvert, très respectueux et délicat. Même chose pour Ara Ball. Robert a vraiment été dans l'attachement et l'amour que Miron a pour Florence.»

«Ça n'a pas été un gros challenge, confie Robert Naylor. France est tellement incroyable, elle a tellement d'énergie, ça nous a aidés dans toutes nos scènes. C'est elle qui me tirait par les oreilles, et moi, je suivais son énergie.»

«Je n'avais pas de crainte. Il fallait juste trouver une intimité pour la caméra qui devait être naturelle.»

Au fond, le plus grand tabou dans ce film est peut-être la démonstration d'un érotisme chez une femme de plus de 70 ans. «Oui, c'est ce que j'ai trouvé super intéressant aussi, répond Robert Naylor. Ara Ball l'a abordé d'une belle manière. Je trouve que c'est beau et que c'est quelque chose qu'on ne montre pas assez à l'écran, comme si on assumait qu'après un certain âge, l'érotisme n'existe plus, ce qui n'est pas vrai.»

France Castel est d'accord aussi pour dire qu'il s'agit d'un grand tabou, mais on lui fait remarquer qu'elle se fait encore proposer des rôles de femmes fatales, même à 73 ans! Comment expliquer ça?  Je ne sais pas! lance-t-elle, hilare. Moi, je rêve de jouer une sainte femme! J'imagine que je dégage une certaine permissivité de par mon vécu. C'est peut-être ici un adieu à cette partie-là de moi... André Forcier m'a toujours donné des rôles de pécheresse, alors je me suis dit que ce pourrait être la dernière fois, adieu, et tant qu'à être, allons-y!»

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Quand l'amour se creuse un trou d'Ara Ball prendra l'affiche le 15 juin.




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