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Arnaud des Pallières: dans l'épure de l'histoire

Le physique de l'acteur danois Mads Mikkelsen dégage... (Photo: fournie par EyeSteelFilm)

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Le physique de l'acteur danois Mads Mikkelsen dégage tout le portrait moral qu'imaginait Arnaud des Pallières pendant l'écriture du scénario.

Photo: fournie par EyeSteelFilm

Mads Mikkelsen est la vedette de cette adaptation cinématographique d'un chef-d'oeuvre de la littérature allemande. Le cinéaste Arnaud des Pallières propose un projet longuement mûri.

Quand la liste des films retenus pour la compétition officielle du Festival de Cannes de l'an dernier a été annoncée, une certaine surprise s'est emparée des festivaliers. Jusqu'alors, Arnaud des Pallières était un cinéaste pratiquement inconnu, malgré les quelques longs métrages qu'il avait à son actif, tant dans le domaine de la fiction que dans celui du documentaire.

«J'avoue que cette nouvelle m'a surpris moi-même, commente-t-il quand on lui demande comment il a vécu son expérience cannoise. Tous mes films ont été lancés à Cannes dans des sections parallèles, et là, je me suis retrouvé à un endroit que je n'attendais pas: la compétition officielle. Ce fut un choc. J'ai très bien vécu cette exposition médiatique, cela dit!»

Le cinéaste français était d'autant plus heureux d'être invité au plus beau bal que Michael Kohlhaas est un projet ambitieux. Mettant en vedette Mads Mikkelsen, ce drame historique est une adaptation d'une nouvelle de Heinrich von Kleist inspirée de l'histoire vraie d'un marchand qui, victime de l'injustice d'un seigneur, a mis une province d'Allemagne à feu et à sang pour obtenir réparation.

Ce classique de la littérature allemande était en outre le livre favori d'un certain Franz Kafka. Arnaud des Pallières a transposé l'action de cette nouvelle en France au XVIe siècle.

«J'ai lu ce livre il y a 25 ans, explique-t-il. Comme j'ai un très grand respect pour la littérature, j'ai tenté d'oublier ce texte, car je ne m'estimais pas le droit, en tant que Français, de transposer au cinéma un chef-d'oeuvre provenant d'une culture que je ne connais pas.

«En mon for intérieur, je savais pourtant que j'en ferais quelque chose un jour, car cette histoire m'a toujours habité. Il fallait probablement attendre le bon moment pour le faire. Sur le plan pratique, un budget raisonnable était nécessaire. Et puis, il me fallait aussi atteindre une certaine maturité en tant que metteur en scène.»

Un sentiment universel

Avec les années, le cinéaste a pu se concentrer sur la nature universelle de cette histoire.

«Un jour, je me suis dit que je pouvais faire venir cette histoire à moi, même si elle ne provient pas de ma culture, explique-t-il. Nous entretenons tous un rapport très intime avec le sentiment d'injustice. Déjà dans l'enfance, il s'agit du premier sentiment à travers lequel on se retrouve seul face au monde. Cela constitue probablement la toute première expérience politique de notre existence.

«J'ai aussi rapproché le personnage de ma propre nature. Sur papier, le personnage semble complètement disjoncté, un peu à la manière de Klaus Kinski dans le cinéma de Herzog. J'ai préféré le faire brûler de l'intérieur plutôt que d'en faire un fou délirant. Comme je proviens du documentaire, j'ai sans doute développé une méfiance envers le cinéma de fiction. Il faut que tout me semble vrai pour y croire, surtout les films historiques!»

D'une facture somptueuse, mais dépouillée, d'une âpre beauté, dirons-nous, Michael Kohlhaas est un film que le cinéaste a tenté d'ancrer dans la modernité. D'où le choix d'épurer les costumes, de même que celui d'utiliser une langue plus contemporaine.

«Même si l'intrigue est campée au XVIe siècle, il était à mon sens impensable d'utiliser la langue de l'époque, car elle aurait été parfaitement incompréhensible à nos oreilles. Même si une histoire se déroule dans le passé, il faut néanmoins la raconter au présent. Par moments, le film emprunte les allures d'un western!»

Mikkelsen parfait pour le rôle

Mads Mikkelsen (Liaison royale, La chasse) ne possédait aucune notion de la langue française au moment où Arnaud des Pallières l'a rencontré la première fois.

«Pendant l'écriture du scénario, je me suis rendu compte qu'aucun acteur français ne pourrait correspondre au personnage, fait remarquer l'auteur-cinéaste. Nous nous sommes vite tournés vers les autres pays européens. Au moment où nous étions dans une impasse, la directrice de casting a sorti la carte Mikkelsen. Mads a lu le scénario et il a demandé à me rencontrer.

«Dans son aspect extérieur, son regard, ses traits, sa silhouette entière, Mads est comme la traduction physique du portrait moral, intérieur, que Kleist faisait du personnage au début de la nouvelle. C'est exactement ce que je cherchais. Il dégage quelque chose de la complexité morale du personnage.

«Mads est quelqu'un de courageux aussi. Il n'hésite pas à s'enlaidir, à se rendre ridicule, bref, il est beaucoup plus qu'un bel homme. C'est le projet dans son entité qui l'intéressait. Pas seulement son personnage. À ses yeux, Michael Kohlhaas était une vraie aventure artistique.»

La langue fut bien entendu un obstacle au début, mais l'acteur danois a appris très vite. «Évidemment, j'ai dû m'ajuster, indique Arnaud des Pallières. Ma relation avec Mads était faite de moins de paroles. Mais je n'aurais pu choisir un meilleur acteur pour ce rôle.»

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Michael Kohlhaas prend l'affiche le 9 mai. Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.




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