Yoann-Karl Whissell, Anouk Whissell et François Simard savent que les attentes à l'égard de Summer of 84 sont énormes. Trois ans après le succès de leur comédie sanglante post-apocalyptique, Turbo Kid, le trio n'a pas choisi la voie facile en s'attaquant à un nouveau genre : le thriller d'horreur nostalgique.

Samuel Larochelle LA PRESSE

L'après-succès 

Présenté en première au Festival de Sundance en 2015, Turbo Kid a valu à ses créateurs 24 prix à travers le monde. Inévitablement, le projet qui suit est très attendu. « Quand on est allés à Sundance la première fois, on était simplement heureux de l'avoir fait, explique Yoann-Karl Whissell. Mais lorsqu'on y est retournés en janvier dernier, avec Summer of 84, les gens avaient des attentes. Et comme notre nouveau film est très différent, ça faisait peur ! »

Autre étape angoissante : la première canadienne à Fantasia.

« Les cinéphiles de Fantasia connaissent tous nos courts métrages depuis 15 ans et plusieurs nous ont dit avoir hâte de découvrir notre nouveau film gore. Comme on est allés complètement ailleurs, on a fait une annonce pour prévenir les gens avant la présentation. »

- François Simard

Thriller d'horreur 

Campé dans la banlieue d'Ipswich en Oregon, durant l'été de 1984, le film s'intéresse à Davey, un adolescent passionné de théories du complot, qui est persuadé que son voisin est un tueur en série. Il tente alors de convaincre ses trois meilleurs amis de lancer une chasse à l'homme, à leurs risques et périls.

Les créateurs, qui ont scénarisé Turbo Kid et sa suite présentement en chantier, ont été charmés par le scénario de Matt Leslie et Stephen J. Smith. « C'était la première fois qu'on réalisait un film qu'on n'avait pas écrit et qu'on acceptait une commande pour tourner un film américain dont le budget venait essentiellement du privé, souligne François Simard. Néanmoins, on sentait que le film avait été imaginé pour nous. »

Eux aussi élevés en banlieue, à Saint-Eustache et à Laval, ils se sont reconnus dans les personnages. « Enfants, Anouk et moi avions Le grand livre du mystérieux du Reader's Digest, se souvient Yoann-Karl Whissell. C'était une bible sur les ovnis et les fantômes. »



Déjouer les codes


Fins connaisseurs du cinéma d'horreur et de suspense, les créateurs ont pris plaisir à respecter ou à déjouer les codes du genre. Plutôt que d'inviter les cinéphiles à trouver qui est le meurtrier, ils ont élaboré un thriller durant lequel ceux-ci se demandent quand le tueur sera capturé. Et ils tenaient à détourner le faux sentiment de sécurité auquel le public est habitué. « Souvent, à la fin d'un film, tout est réglé, tout le monde est content et rentre chez soi... mais la finale de Summer of 84 est traumatisante et horrible. »

Acteur pivot

Âgé de seulement 15 ans lors du tournage, l'acteur Graham Verchere porte le film sur ses épaules, en prêtant ses traits au jeune Davey.

« On cherchait un acteur avec de la souplesse dans son jeu, du charisme et un leadership naturel, sans devenir bossy, explique Anouk Whissell. C'est important que les gens s'attachent à lui. C'est un gros défi pour un si jeune acteur ! »

On remarque également le sympathique Rich Sommer, vu dans Mad Men, dans la peau du policier Wayne Mackey, ainsi que le jeune Judah Lewis, qui avait livré une prestation remarquée dans Demolition, de Jean-Marc Vallée. « Judah est un acteur absolument hallucinant qui va devenir l'un des grands », prévoit Yoann-Karl Whissell.

Une contrainte après l'autre 

Bouclé en 22 jours très intenses dans la région de Vancouver, le tournage de Summer of 84 a été ponctué de plusieurs contraintes, à commencer par les nombreuses scènes extérieures de soir.

« On pouvait commencer à tourner vers 22 h 30, mais comme on n'avait pas assez de budget pour laisser notre set up en place durant toute une journée, on devait tout réinstaller et on n'était pas prêts à tourner avant 23 h 15. »

- Anouk Whissell

La production devait aussi considérer les règles différentes au Canada et aux États-Unis pour faire travailler des mineurs. « On débutait avec les scènes de l'acteur américain, qui devait être hors de son costume et dans une voiture en direction de l'hôtel à minuit et demi maximum, ajoute-t-elle. Ensuite, on continuait avec les acteurs canadiens jusqu'à deux heures du matin. »

Autre facteur à considérer : l'infidélité des techniciens locaux. « Il y a tellement de tournages à Vancouver que tous les bons techniciens sont déjà pris ailleurs, explique François Simard. Il y a un roulement impressionnant. Chaque jour, on perdait du monde et on devait rebâtir notre équipe. À l'inverse, à Montréal, si tu quittes un plateau, tu es blacklisté de la production ! »