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La chute de l'empire américain: le retour en force de Denys Arcand

Denys Arcand et Maripier Morin... (Photo François Roy, La Presse)

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Denys Arcand et Maripier Morin

Photo François Roy, La Presse

Quatre ans après Le règne de la beauté, Denys Arcand retourne aux sources de son cinéma en proposant La chute de l'empire américain, son meilleur film depuis Les invasions barbares.

Hier a eu lieu le grand lancement du nouveau film de Denys Arcand, La chute de l'empire américain. Conférence de presse et rencontres avec les journalistes en tables rondes ont figuré au programme d'une journée dont le clou a été, bien sûr, la projection de ce film très attendu lors d'une soirée de grande première au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.En plus des nombreuses vedettes du film, et de ceux qui ont gravité dans l'univers de Denys Arcand à un moment ou à un autre, tout le gratin du monde du cinéma - quelques politiciens aussi - s'était donné rendez-vous.

Précisons d'entrée de jeu que La chute de l'empire américain, qui a longtemps porté le titre de travail Le triomphe de l'argent, n'a rien d'une suite du Déclin de l'empire américain et des Invasions barbares. Ce titre fait plutôt écho à une époque - la nôtre - où l'on assiste manifestement à un bouleversement sociopolitique qui risque de changer à jamais ce qu'il est convenu d'appeler l'ordre mondial.

«J'aurais pu intituler ce film "Cette époque dans laquelle nous vivons". Au fil du montage, l'ancien titre m'a semblé trop réducteur, car il est aussi beaucoup question de compassion et de charité dans cette histoire», explique Denys Arcand.

Un film somme

En fait, La chute de l'empire américain emprunte toutes les allures d'un film somme. À travers l'histoire d'un intellectuel et docteur en philosophie qui, tout à fait par hasard, se retrouve avec des millions de dollars en sa possession, le réalisateur de Jésus de Montréal apostrophe tous les thèmes chers à son cinéma. Il nous renvoie en outre au temps de La maudite galette avec ses accents de polar, et il parsème son récit de lieux, de personnages, de références philosophiques et littéraires qui ramènent à l'esprit plusieurs de ses films précédents.

Joseph et Marcel, les protagonistes de Joyeux calvaire, sont là, incarnés par les mêmes comédiens (Benoît Brière et Gaston Lepage). Le personnage qu'interprète Pierre Curzi pourrait sortir tout droit de Réjeanne Padovani. Hier, une masseuse férue d'histoire pouvait faire jouir son client en causant millénarisme dans Le déclin de l'empire américain; aujourd'hui, dans La chute, une escorte de luxe attire son client en citant une phrase de Racine sur son site web.

S'en prendre au système

La toute première scène donne d'ailleurs le ton: Pierre-Paul (Alexandre Landry), qui gagne sa vie comme livreur même s'il a fait de grandes études, confie à son amoureuse (Florence Longpré) son désarroi d'être «trop intelligent» pour une société qui n'en demande pas tant. Après avoir été le témoin d'un hold-up raté ayant fait deux victimes, Pierre-Paul s'empare des sacs et tente désormais de trouver un moyen d'en faire disparaître la trace. 

Ce prétexte scénaristique permet ainsi à Arcand de faire ce qu'il adore et ce qu'il sait aussi faire de mieux: s'en prendre au système. 

De cours d'évasion fiscale suivis à l'université (autre clin d'oeil au Déclin?) jusqu'à la création d'un réseau international à travers lequel l'argent peut circuler sans problème, en passant par un système judiciaire impuissant, le réalisateur s'en donne à coeur joie en relevant les injustices à coups de répliques cinglantes et de situations absurdes. D'ailleurs, la seule façon par laquelle les forces policières pourront coincer l'un des puissants ne concerne en rien les finances. Ou si peu. Voilà qui est éloquent.

En explorant le monde de l'argent, Denys Arcand aborde aussi celui dans lequel doivent survivre les exclus du système: les sans-abri. Ces derniers se retrouvent au coeur d'un récit où compassion et valeurs humanistes sont de mise, même si le revirement d'allégeance de l'un des personnages principaux paraîtra quand même un peu précipité.

Alexandre Landry et Maripier Morin, qui portent le film sur leurs épaules, tirent fort bien leur épingle du jeu, appuyés par une distribution d'ensemble solide, de laquelle ressortent les vétérans Rémy Girard (formidable en motard criminel expérimenté) et Pierre Curzi (dont l'autorité naturelle et la prestance font ici merveille). On remarque aussi de nombreuses participations - de Claude Legault à Brandon Prust en passant par la productrice Denise Robert elle-même - comme autant de clins d'oeil assumés. Bref, nous aurons l'occasion de revenir sur ce film très honorable au moment de sa sortie.

Une carrière internationale assurée

Par ailleurs, rappelons que La chute de l'empire américain est déjà promis à une carrière internationale. Les droits d'exploitation ont été acquis, entre autres, par Sony Pictures Classics, l'une des plus grandes sociétés américaines, spécialisée dans la distribution des films internationaux aux États-Unis. 

«Ils [Sony Pictures Classics] nous l'ont acheté avant même qu'une copie de travail ait été montrée au Marché du film du Festival de Cannes!», indique la productrice Denise Robert.

Si des discussions ont encore lieu pour le territoire français, plusieurs autres sont déjà acquis, notamment l'Amérique latine, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, la Suisse, la Turquie, l'Espagne, la Russie et quelques autres, y compris... la Chine! Quand on sait que les films distribués en salle là-bas sortent habituellement sur quelques milliers d'écrans, c'est dire que les spectateurs chinois auront probablement droit, grâce à ce film, à une sorte de concentré de 45 ans de cinéma de Denys Arcand.

On peut parler ici d'un retour en force.

La chute de l'empire américain prendra l'affiche le 28 juin en soirée.




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