Pour son premier long métrage de fiction, Samer Najari signe avec Arwad un film proche de ses préoccupations. Et surtout une oeuvre poétique collée à la réalité, affirment les comédiennes Fanny Mallette et Julie McClemens, rencontrées sur le plateau de tournage.

André Duchesne LA PRESSE

Ali est un homme tiraillé. Entre Gabrielle, sa femme, et Marie, sa maîtresse. Et entre deux îles, celle de Montréal, sa terre d'adoption, et celle d'Arwad, lieu de sa naissance au large de la côte syrienne où un drame va se jouer.

Des questions d'identité, de racines, d'appartenance, d'immigration. Des questions sur l'amour et la mort. Il y a un peu de tout cela dans Arwad, premier long métrage de Samer Najari, dont le tournage avec Ramzi Choukair, Fanny Mallette et Julie McClemens se termine cette semaine à Montréal, après un crochet en Tunisie.

«L'histoire est inspirée de faits réels, mais j'y ai ajouté un peu de fantaisie, dit le réalisateur sur le plateau de tournage installé dans un appartement du Mile End. Je me suis aussi inspiré de mes propres inquiétudes quant à mon intégration à la société québécoise. Je dois m'adapter à une nouvelle société et, en embrassant une nouvelle culture, une nouvelle langue, je n'ai pas le choix de perdre d'autres valeurs. Ça, c'est la problématique principale du film.»

À l'image des récents films Roméo Onze d'Ivan Grbovic et Boucherie Halal de Babek Aliassa, Arwad cherche à baliser de nouveaux sentiers dans le cinéma québécois en lui donnant une couleur plus multiethnique sans pour autant en faire l'unique sujet. Au contraire, ces questions identitaires se fondent dans d'autres problématiques très terre-à-terre.

Un non-jeu poétique

À la lecture du scénario, qui rejoignait ses aspirations artistiques et cinématographiques, Fanny Mallette a été soufflée par la qualité de l'écriture. «Avec cette histoire, on est au cinéma, mais ce ne sont pas des relations humaines qu'on voit d'ordinaire au cinéma, dit-elle. Ce n'est pas idyllique. C'est plus complexe. C'est comme la vie.»

Elle donne en exemple les rapports que son personnage (Marie) entretient avec Gabrielle (McClemens) la femme d'Ali. «Notre rencontre ne ressemble en rien à ce qu'on s'imagine d'une rencontre entre une maîtresse et une épouse. Il y a plusieurs couches. Sur papier, c'est une des plus belles scènes de femmes que j'ai lues au cinéma québécois. Je ne sais pas si nous étions à la hauteur de ce texte (rires), mais moi, ça m'a bouleversée.»

«Le texte est d'une grande beauté. C'est très sensible et même poétique. Et c'est très proche de la réalité, dit de son côté Julie McClemens. Cela donne aux acteurs la possibilité de jouer dans un registre, une espèce de non-jeu, que j'aime beaucoup explorer. C'est d'abord l'amour qui transparaît de ce texte, comme la poésie et la tendresse. C'est écrit avec beaucoup de respect.»

Comédien franco-syrien établi à Marseille, Ramzi Choukair se réjouit de l'espace laissé aux comédiens dans le film. «Ce scénario permet aux acteurs de bien construire leurs personnages, assure-t-il. Dans plusieurs scènes, comme celle entre les deux femmes dont parle Fanny, on sent toute la magie du cinéma.»

Produit par L'Unité centrale et distribué par FunFilm, Arwad sortira au Québec en 2013.