Les films québécois Fauve et Marguerite ont été retenus dans la course aux Oscars; la nouvelle est tombée ce matin, à 8 h 20, heure du Québec. Derrière ces courts métrages de fiction: le distributeur h264. Cette boîte a été fondée il y a à peine quatre ans par Jean-Christophe J. Lamontagne, un jeune dans la vingtaine bourré d'ambition. Retour sur un parcours inspirant qui le mènera sur le plus prestigieux des tapis rouges de l'industrie du grand écran.

Mis à jour le 24 janv. 2019
ANDRÉ DUCHESNE LA PRESSE

Mars 2015

Son diplôme de réalisation fraîchement acquis, Jean-Christophe J. Lamontagne se rend au festival de courts métrages REGARD, au Saguenay, avec dans ses bagages son premier film, L'appareil de la destruction. «N'ayant pas de distributeur, j'ai pris l'initiative de voir s'il y avait de l'intérêt pour un nouveau joueur.» La réponse est concluante: l'homme repart avec trois nouveaux courts à distribuer, notamment Saccage, le premier de Marianne Farley, dont il aime la signature.

2016-2017

Le mois suivant, M. Lamontagne lance sa boîte nommée h264. Rapidement, les propositions de films affluent. Il retient notamment Marguerite, deuxième projet de Marianne Farley, et Fauve, de Jérémy Comte. «De Marguerite, on a aimé la douceur de l'écriture, l'humanité et la tendresse du scénario, dit M. Lamontagne. Quant au scénario de Fauve, il nous a happés par sa dureté et par le fait que l'innocence des enfants tourne parfois au drame. À l'étape des demandes de financement à la production, nous étions derrière ces films.»

Novembre 2017

C'est la première de Marguerite, qui remporte le prix du meilleur court métrage canadien au Festival international de cinéma francophone en Acadie (FICFA). «À partir de là, Marguerite est présenté dans une soixantaine de festivals dans le monde et remporte une trentaine de prix», se souvient M. Lamontagne. Le 12 août 2018, l'oeuvre décroche le prix du meilleur court métrage de fiction au Rhode Island International Film Festival. Comme l'événement est accrédité par l'Académie des Oscars, Marguerite devient admissible pour se qualifier dans la liste de 10 oeuvres menant au choix des 5 finalistes.

24 janvier 2018

Présenté en compétition au festival de Sundance, Fauve obtient le Prix spécial du jury. Cela amorce une année folle. «Le film est présenté dans plus de 125 festivals et remporte plus de 65 prix, lance M. Lamontagne. S'occuper de ce film a été pratiquement un job à temps plein en 2018.» Comme Marguerite, Fauve décroche l'accréditation pour être candidat à la liste restreinte, la short list, qui doit être annoncée le 17 décembre 2018.

Août 2018

Les choses deviennent très sérieuses. En planifiant sa visite au Toronto International Film Festival (TIFF), du 6 au 16 septembre, l'équipe de h264 prépare sa campagne pour maximiser ses chances d'intégrer la liste restreinte. «Nous avions déjà été approchés par des attachés de presse, majoritairement américains, mais aussi britanniques, pour représenter nos films», dit le distributeur. Au TIFF, les gens de h264 rencontrent l'attachée de presse Catherine Lyn Scott. «Elle avait vu Marguerite, qu'elle a beaucoup aimé. On lui a montré Fauve, qu'elle a aussi décidé de représenter», poursuit M. Lamontagne. Dès lors, Mme Scott s'active pour faire parler des deux films québécois dans plusieurs grands médias internationaux. Au Québec, h264 travaille parallèlement sur sa campagne avec Ixion Communications.

17 décembre 2018

C'est jour d'annonce des fameuses présélections dans neuf catégories des Oscars, dont celle des courts de fiction. M. Lamontagne, son partenaire Jason Todd et leurs collaborateurs sont nerveux. Ce soir-là, ils ont des billets pour le match Canadien-Bruins au Centre Bell.

«Avant le match, nous étions au bar Mckibbin's rue Bishop», rigole M. Lamontagne, en avouant qu'ils avaient tous les yeux rivés sur leur téléphone en attente des annonces. «Puis, on a découvert que nos deux films étaient retenus. On s'est mis à sauter. J'ai appelé Jérémie et Marianne.»

photo fournie par la Production

Sandrine Bisson et Béatrice Picard dans Marguerite

Au Centre Bell, M. Lamontagne n'a rien vu du match. «Le Canadien a perdu lamentablement [4-0], raconte-t-il. Mais ce n'était pas grave. J'avais la tête ailleurs. J'ai passé cette soirée à intervenir sur les réseaux sociaux. Je n'ai jamais si peu écouté une partie de hockey!»

Des dix courts de fiction encore en lice, cinq sont représentés par Mme Scott. M. Lamontagne n'y voit pas de problème. «Chaque attaché de presse concerné par la course aux Oscars représente toujours plus d'un film. On ne s'est donc pas posé la question trop longtemps.»

Depuis le 17 décembre 2018

Le mois que vient de vivre Jean-Christophe J. Lamontagne a été occupé. Il a fallu structurer une nouvelle campagne de visibilité dans les médias et les réseaux sociaux pour les deux courts métrages. Une demande est envoyée à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) pour trouver du financement. «Qu'on le veuille ou non, il faut payer les attachés de presse et être visible dans les grands magazines américains.»

L'équipe de h264 achète une page complète de publicité dans le magazine The Hollywood Reporter. «Ça coûte plusieurs milliers de dollars américains, lance M. Lamontagne, qui ne donne pas un chiffre précis. Et essayez donc de trouver un graphiste capable de créer une page de publicité entre le 24 et le 27 décembre, qui était la journée de tombée pour remettre celle-ci. Vers 18 h, le 27 décembre, entre deux descentes de ski à Morin Heights, j'approuvais la publicité.»

Le jour de la publication, sa page de publicité jouxte celle de films tels Bohemian Rhapsody, First Man, If Beale Street Could Talk. «Nous étions fiers!»

17 janvier 2019

«J'ai commencé à faire de l'insomnie depuis deux jours, avoue le jeune distributeur de 29 ans le jour de notre rencontre. Le décompte est commencé. Les dés sont lancés. On a fait ce que nous avions à faire et on peut être fiers du travail accompli. Cette aventure est une très grande source de fierté. Là où nous sommes rendus, peu importe le résultat, on a un sentiment d'accomplissement.»

Aujourd'hui

Ce matin, les finalistes ont été annoncés dans toutes les catégories à compter de 5 h 20 (8 h 20 à Montréal). Il y avait cinq places dans celle des courts métrages de fiction. Dans les bureaux de h264, les équipes des deux films ont attendu, pleines d'espoir, et ont appris qu'elles fouleront le tapis rouge de la 91e cérémonie des Oscars, le dimanche 24 février.

Les deux courts métrages

Marguerite: Une dame âgée (Béatrice Picard) reçoit les soins d'une infirmière (Sandrine Bisson) à domicile. Lorsqu'elle comprend que sa soignante est amoureuse d'une femme, Marguerite s'abandonne et fait la paix avec elle-même.

Fauve: Deux garçons au seuil de l'adolescence explorent complètement seuls le fond d'une carrière en se tiraillant et en se lançant des défis. Jusqu'au moment où un drame innommable survient.

photo fournie par la Production

Alexandre Perreault et Félix Grenier dans Fauve