Trop blanche, trop mâle: la sélection pour les 87èmes Oscars faisait polémique vendredi, l'Académie des arts et des sciences du cinéma américain étant taxée de racisme et de sexisme notamment pour ses choix concernant le film sur Martin Luther King Selma.

La sélection pour les Oscars n'a pas retenu un seul acteur ou actrice noire, l'année où Selma, d'Ava DuVernay, joué essentiellement par des acteurs noirs - notamment Oprah Winfrey et David Oyelowo, dans le rôle du prix Nobel de la paix -, est sacré «meilleur film de l'année» par le site agrégateur de critiques de films RottenTomatoes.com.

Cette fresque sur la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, sortie au moment où des manifestations monstres dénoncent à travers tout le pays les violences policières dont s'estiment victimes les Noirs, obtient pourtant un score exceptionnel de 99% d'avis favorables, encore mieux que Boyhood (98%).

«Ne les avoir nommés que pour l'Oscar du meilleur film et de la meilleure chanson est une honte», affirme Tom O'Neil, fondateur du site Goldderby.com, une référence dans le domaine des prédictions de prix du cinéma aux États-Unis.

C'est la deuxième fois seulement depuis 1998 qu'aucun acteur ou actrice noire n'est retenu.

«C'est dû à un manque de diversité parmi les membres de l'Académie eux-mêmes, blancs à 93% et pour 77% des hommes âgés en moyenne de 63 ans. Ce n'est pas très représentatif du monde réel», a estimé Tom O'Neil, interrogé par l'AFP.

Depuis jeudi, l'indignation a gagné le réseau Twitter où le mot-clé OscarsSoWhite (les Oscars si blancs, ndlr) tiennent le haut du pavé aux États-Unis.

Déjà donné l'an dernier

«Ils sont très en retard sur le reste de l'industrie en termes de choix», renchérit Sasha Stone, du site Awardsdaily.com.

«Ils n'ont choisi que des réalisateurs et scénaristes masculins, et blancs bien sûr» alors que l'auteur à succès Gillian Flynn faisait partie des favoris pour «Gone Girl», tout comme Cheryl Strayed pour «Wild» dans la course à l'Oscar du meilleur scénario, a-t-elle poursuivi.

«C'est vraiment dommage que l'Académie ne saisisse pas l'occasion de récompenser une première réalisatrice noire», a-t-elle insisté en référence à Ava DuVernay.

«Selma est un excellent film qui s'est certainement joué et réalisé tout seul magnifiquement», ironisait l'acteur Joshua Malina sur son compte.

«L'industrie du cinéma est comme les montagnes Rocheuses, plus vous êtes hauts, plus c'est blanc», a réagi sarcastiquement le célèbre militant noir Al Sharpton jeudi après la sélection.

Depuis jeudi, le mot-dièse OscarsSoWhite (les Oscars si blancs, ndlr) tient le haut du pavé sur le réseau social Twitter aux États-Unis.

Tom Nunan, producteur et enseignant à la School of Theatre film and Television de l'université de Californie à Los Angeles, s'empressait toutefois de rappeler que Twelve Years a slave, du réalisateur britannique noir Steve McQueen, un film sur l'esclavage aux États-Unis, avait remporté l'an dernier la statuette du meilleur film, celle du meilleur second rôle pour l'actrice Lupita Nyong'o et du meilleur scénario, sur 9 nominations reçues.

«Ils estiment qu'ils ont donné l'an dernier», tance Sasha Stone, fondatrice d'un site consacré aux récompenses cinématographiques.

Certains défendaient toutefois l'Académie, soulignant que ses membres avaient élu une femme afro-américaine pour diriger son conseil d'administration, Cheryl Boone Isaacs, ou que des acteurs comme Forest Whitaker, Jennifer Hudson, Octavia Spencer ou Mo'Nique ont été récompensés aux Oscars ces dernières années.

«Je ne vois pas de preuves de portes fermées en raison de la couleur de la peau. Et Jennifer Aniston non plus n'a pas été sélectionnée dans le rôle de sa vie» pour Cake, «ni La grande aventure Lego dans les films d'animation», alors qu'il partait grand favori, soulignait Tom Nunan.

«Ca ne veut pas dire qu'il n'y a pas du travail à faire pour plus de diversité», a-t-il conclu.