(Washington) Théories douteuses à la clé, un nouveau documentaire prétend révéler comment l’élection présidentielle de 2020 aurait été « volée » à Donald Trump. Malgré les alertes d’experts, il fait un carton au box-office américain.

Publié le 1er juin
Camille CAMDESSUS Agence France-Presse

Depuis sa sortie fin mai, 2000 mules, le court métrage de Dinesh D’Souza – un réalisateur condamné pour infraction aux lois sur le financement électoral avant d’être gracié par l’ancien président – a déjà engrangé plus de 1,2 million de dollars de recettes dans les salles américaines.

De grands seaux de pop-corn en main, un groupe de retraités – séance du milieu d’après-midi oblige – se presse ainsi dans un cinéma tout à fait banal d’une zone d’activité commerciale de Virginie, constate l’AFP.

Passant face aux salles projetant les aventures du Dr Strange et le dernier Sonic, ils s’installent devant le documentaire promettant de révéler « une fraude électorale généralisée et coordonnée lors de l’élection de 2020, suffisante pour modifier le résultat final ».

« L’esprit de l’Amérique »

En ouverture, et pendant que défilent des images d’anonymes glissant avec enthousiasme leurs bulletins dans des urnes estampillées du drapeau américain, Dinesh D’Souza assure que « les élections sont l’âme de notre démocratie. »

Mais, lance-t-il à mesure que le décor s’assombrit, celle de « 2020 hante l’esprit de l’Amérique. »

Comme des millions d’Américains, dont l’ancien président Donald Trump, Dinesh D’Souza dit avoir de sérieux doutes sur la possibilité que les démocrates aient truqué le résultat de la dernière présidentielle, en s’appuyant sur la généralisation du vote par correspondance durant la pandémie.

Cette thèse, maintes fois réfutée par les autorités, est encore martelée à chaque rassemblement du milliardaire républicain – où est aussi diffusée la bande-annonce de 2000 mules.

Dans le documentaire, le réalisateur l’assure : « Nous ne pouvons pas passer à autre chose tant que nous ne savons pas la vérité ».

Pour tenter de prouver sa théorie, Dinesh D’Souza se met en scène, accoudé au comptoir d’une cuisine, en train de téléphoner à une association basée au Texas qui prétend « défendre l’intégrité des élections ». Une rencontre est organisée.

« Un cartel »

Dans une sorte de hangar suréquipé en serveurs informatiques, deux des membres de l’association assurent avoir la preuve de l’existence d’une opération millimétrée qui, « à l’image d’un cartel », a embauché des « mules » chargées de bourrer des urnes dans une série d’États américains décisifs pour la victoire de Joe Biden en 2020.

Pour valider leur thèse, ils s’appuient sur des millions de données anonymisées de localisation, issues du partage de localisation dans les applications de téléphones intelligents, censés montrer ces « mules » multipliant les allées et venues entre les sièges de différentes ONG et des urnes pour déposer des bulletins de vote.

C’est « un hold-up », « un crime », réagit, outré, Dinesh D’Souza.

Dans la salle en Virginie, le public est conquis. « Ça fait l’effet d’une bombe », lance un homme.

Les procédés avancés dans ce documentaire ont été sérieusement mis en doute par de nombreux experts. Un livreur, chauffeur de taxi, ou facteur travaillant dans le quartier pourrait très bien donner l’impression de faire de telles allées et venues, estiment-ils.

Mais pour Donald Trump et ses partisans, il s’agit là de l’ultime preuve de la fraude qu’ils dénoncent depuis un an et demi.

« Ils ont truqué et volé l’élection de 2020, nous ne pouvons pas être d’accord avec cela, nous ne pouvons pas simplement passer à autre chose », déclare Dinesh D’Souza en clôture du film.  

Et de lancer un appel à la mobilisation, sur les premières notes de l’hymne national : « L’Amérique que nous aimons a besoin de nous, plus que jamais ».