(Los Angeles) Emergency commence comme tant d’autres comédies mettant en scène des adolescents. Mais la nuit très agitée des jeunes protagonistes de cette histoire prend vite une tournure angoissante, en grande partie parce qu’ils sont noirs.

Publié le 18 mai
Andrew MARSZAL Agence France-Presse

Les personnages blancs qui figurent dans les classiques du genre, comme SuperGrave, se tirent généralement indemnes de leurs interactions loufoques avec des policiers plus désemparés qu’agressifs.

Sean et Kunle, les deux étudiants au cœur d’Emergency, ont bien conscience qu’ils n’auront pas cette chance et paniquent rapidement lorsqu’ils découvrent une lycéenne inconsciente dans leur séjour.

Redoutant ce qui risque de leur arriver s’ils appellent les secours pour un cas aussi compromettant, ils convainquent Carlos, leur colocataire latino-américain, de les aider à transporter la malheureuse jusqu’à l’hôpital. S’enchaînent alors une série de péripéties aussi hilarantes qu’effrayantes.

« On a l’impression que ça va être un film à la SuperGrave ou Booksmart, on dirait que les personnages eux-mêmes veulent désespérément que ce soit une comédie adolescente », dit à l’AFP la scénariste K. D. Davila.

« Ils voudraient que ce soit ça, mais non, ça n’est pas possible », poursuit-elle.

« Et ça représente la triste et foutue réalité pour plein de gens », renchérit le réalisateur du film, Carey Williams.

Emergency, qui sort le 20 mai dans les salles américaines et sept jours plus tard sur la plateforme Amazon Prime, illustre le fardeau que doivent constamment porter les jeunes hommes de couleur dans une société qui a vite fait de les percevoir comme une menace.

En grandissant, « j’ai vu ce phénomène où mon père et les hommes de ma famille, particulièrement ceux qui avaient la peau plus foncée, devaient faire ces étranges calculs à chaque fois qu’on allait quelque part, en pensant à la manière dont on allait les percevoir », explique K. D. Davila, dont la famille a des origines mexicaines.

« Vous avez beau faire ce genre de calculs et faire de votre mieux pour irradier de l’“innocence”, parfois ça ne change rien. Vous pouvez encore vous faire stopper sur le bas-côté et vous faire fouiller sans aucune raison », souligne-t-elle.

Davila et Williams, qui est noir, avaient utilisé toutes ces observations pour faire un film court qui a remporté des prix dans des festivals prestigieux en 2018. Puis Amazon a financé une version long métrage où figure notamment la pop star Sabrina Carpenter, qui fut l’une des égéries de Disney Channel.

Entre les deux projets ont éclaté les manifestations Black Lives Matter protestant contre le meurtre de George Floyd et les brutalités policières, mais pour les cinéastes, Emergency n’est pas un film lié à l’actualité.

« Ça n’a vraiment rien de nouveau. Nous sommes contents que les gens en parlent et s’y intéressent. Mais l’idée qu’il a fallu en arriver là est un peu étonnante », tranche K. D. Davila.

Pour dénoncer les effets de mode et les indignations sélectives de la société, Emergency consacre par exemple une scène à un couple blanc qui aborde Sean et ses amis pour leur demander de ne pas se garer devant leur maison… où trône fièrement une pancarte « Black Lives Matter ».

« Culture de la peur »

Les cinéastes se défendent toutefois de vouloir adresser un message sur le racisme aux personnes blanches. « Ce n’est pas “on va vous apprendre à quel point c’est mal ! », dit K. D. Davila.

Emergency est plutôt destiné aux « gens qui ont connu ça, qui ont vécu dans cette culture de la peur » et « on espère que le film sera cathartique et drôle » pour eux.

Pour Carey Williams, le film est l’occasion d’approfondir la relation qu’entretiennent ces jeunes amis et leurs visions différentes de « la masculinité noire et la vulnérabilité ».

BCBG et un brin naïf, Kunle (Donald Elise Watkins) n’a au début pas l’impression d’être traité différemment à cause de la couleur de sa peau. De son côté, Sean (R. J. Cyler), macho et sûr de lui, a une peur de l’autorité qui semble provenir de mésaventures passées.

Les deux étudiants feront des choix très différents durant leur nuit mouvementée, et Carey Williams espère que les spectateurs pourront s’identifier à eux.

« Le film devrait soulever des questions sur la façon dont ces jeunes gens doivent naviguer dans ce monde », dit-il.