(Paris) Défilé de vedettes dont Mads Mikkelsen et Tom Cruise, cinéastes cultes comme Cronenberg ou James Gray : le Festival de Cannes ouvre mardi sa 75e édition, où se presse le gratin du cinéma mondial, avec la guerre en Ukraine pour toile de fond.

Publié le 12 mai
Francois BECKER Agence France-Presse

Après une édition sous le soleil de juillet l’an dernier, pour cause de COVID-19, les festivaliers retrouvent le mois de mai, et sans restrictions sanitaires pour la première fois depuis le début de l’épidémie.

Tom Cruise donc, pour le nouveau Top Gun, Idriss Elba et Tilda Swinton chez George Miller, Léa Seydoux et Viggo Mortensen chez David Cronenberg, ou le prometteur Austin Butler, qui incarnera le « King » dans un biopic d’Elvis signé Baz Luhrman : le tapis rouge attend son lot de vedettes.

L’acteur Forest Whitaker, prix d’interprétation en 1988 pour son incarnation du jazzman Charlie Parker dans Bird de Clint Eastwood, sera aussi là, pour une Palme d’or d’honneur.

L’actrice Virginie Efira (présente dans Revoir Paris, hors compétition, qui aborde le souvenir douloureux des attentats dans la capitale) animera la cérémonie d’ouverture mardi soir. Place ensuite au cinéma, avec Coupez !, parodie sanguinolente de comédie de zombies et ode au cinéma fait avec beaucoup d’amour et des bouts de ficelle, signée Michel Hazanavicius — le roi du pastiche oscarisé pour The Artist.

Côté compétition, 21 films sont en lice pour succéder à Titane, Palme d’or gore et sans concession de la Française Julia Ducournau, deuxième réalisatrice couronnée dans l’histoire de Cannes.

Quand jury et sections parallèles tendent désormais à la parité, la compétition n’offre toujours qu’une place réduite aux réalisatrices : cinq sont en lice, dont Claire Denis qui retrouve Robert Pattinson pour Stars at noon.

Parmi les cinéastes attendus, de 30 à 84 ans : David Cronenberg (Crash), qui promet une nouvelle fois de secouer le public avec Les crimes du futur ou James Gray (Ad Astra) qui présentera Armageddon Time, dans le New York des années 80, en pleine ascension de la famille Trump.

Plusieurs réalisateurs déjà couronnés sont en lice : les Belges Jean-Pierre et Luc Dardenne (Rosetta) avec Tori et Lokita, le plus grinçant des cinéastes suédois, Ruben Östlund (The Square), avec Triangle of Sadness, le Japonais Hirokazu Kore-eda (Une affaire de famille), qui a cette fois tourné Broker avec la vedette sud-coréenne de Parasite, Song Kang-ho, et le Roumain Cristian Mungiu (4 mois, 3 semaines, 2 jours), avec son dernier film, RMN.

Serebrennikov libre

Au-delà de la compétition, toujours pas ouverte aux plateformes, fans comme cinéphiles devraient se régaler avec des dizaines d’œuvres très attendues : nouveau film de George Miller, très loin a priori de ses Mad Max (Trois mille ans à t’attendre avec Idriss Elba et Tilda Swinton), retour de Marco Bellocchio sur les années de plomb en Italie, l’as espagnol du polar Rodrigo Sorogoyen ou les passages à la réalisation de Lee Jung-jæ, vedette de Squid Game et Jesse Eisenberg (The social network).

Côté français, Léa Seydoux, Louis Garrel ou Sandrine Kiberlain monteront les marches à plusieurs reprises.

Tout ce programme aura pour toile de fond la guerre en Ukraine, inévitablement « dans tous les esprits », a souligné le délégué général Thierry Frémaux.

Deux générations de cinéastes ukrainiens seront présentes, avec l’habitué Sergei Loznitsa pour The Natural History of Destruction, sur la destruction des villes allemandes par les Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, mais aussi le jeune Maksim Nakonechnyi pour Bachennya Metelyka (Un certain regard).

Cannes devrait accueillir pour la première fois sur ses marches Kirill Serebrennikov, devenu symbole des artistes russes en rupture avec le régime depuis qu’il a pu rejoindre légalement l’Europe après le déclenchement de la guerre.

Le réalisateur n’avait pas pu quitter son pays pour ses précédents films en compétition, Leto et La fièvre de Petrov, mais est désormais libre de venir défendre La femme de Tchaïkovski, premier film projeté de la compétition.

Signe que tout n’est pas encore redevenu comme avant sur la planète cinéma, ce n’est que trois semaines avant son ouverture que le Festival a enfin réussi à constituer le jury, présidé par l’acteur français Vincent Lindon, prix d’interprétation en 2015 et acteur dans Titane. Il prend la suite du réalisateur américain Spike Lee.

À ses côtés, l’actrice et réalisatrice anglo-américaine Rebecca Hall (Vicky Cristina Barcelona), la Suédoise Noomi Rapace, (Millenium) ou encore les réalisateurs Asghar Farhadi, Ladj Ly (Les Misérables, prix du jury 2019) et Joachim Trier (Julie en 12 chapitres, prix d’interprétation féminine en 2021).

Le titre du film de clôture n’est lui pas encore connu.