Encore marquée par la pandémie, la dernière année s’est néanmoins révélée très riche en productions cinématographiques de grande qualité. Au point où des longs métrages très méritoires ont dû être exclus de cette liste, forcément subjective. Fidèle à la tradition, voici les 10 films de 2021 qui me resteront assurément en mémoire.

Publié le 28 déc. 2021
Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

1. The Power of the Dog

Jane Campion

Nouvelle-Zélande/Québec

Cette adaptation cinématographique du roman de Thomas Savage, publié en 1967, n’est pas un western comme les autres. La cinéaste Jane Campion, dont le retour au grand écran après 12 ans d’absence ne pourrait être plus grandiose, utilise en effet les codes du genre pour en faire de la véritable poésie visuelle. Cela dit, la puissance évocatrice de The Power of the Dog (Le pouvoir du chien) va bien au-delà de son aspect esthétique. Elle réside également dans cette façon de mener à bout un récit dont les ressorts dramatiques s’enchaînent subrepticement pour construire une joute psychologique implacable. Avec finesse, sensibilité et sensualité, Jane Campion raconte une histoire beaucoup plus complexe – et ambiguë – qu’elle ne pourrait paraître au premier abord. Et rappelle, comme si besoin était, qu’elle détient l’une des plus belles signatures du cinéma contemporain.

Offert sur Netflix.

2. Drive my Car

Ryûsuke Hamaguchi

Japon

Bon d’accord, je triche ici un peu. Lancé au Festival de Cannes, où il a obtenu le prix du meilleur scénario, Drive my Car est bel et bien un film de 2021, déjà à l’affiche ailleurs au Canada, mais dont la sortie au Québec est prévue début 2022. Dans ce drame admirablement mis en scène, où le thème de la disparition trouve un magnifique écho dans le théâtre d’Anton Tchékhov, Ryûsuke Hamaguchi (Asako I et II) propose un cinéma aussi subtil que poignant, gratifié aussi d’une facture visuelle splendide. Portant à l’écran une nouvelle d’Haruki Murakami, le cinéaste japonais offre un film ample, duquel émane une douce mélancolie, alliée à une réflexion sensible et mature sur la nature du sentiment amoureux. La quête de sens à laquelle se livre Yusuke (Hidetoshi Nashijima), un acteur et metteur en scène de théâtre qui souffre du départ soudain et mystérieux de sa femme, est très engageante. Et nous hante bien après la projection.

Date de sortie indéterminée au Québec

3. Dune – Part One

Denis Villeneuve

États-Unis

Ce qui frappe d’abord dans Dune est ce croisement très habile entre l’intime et l’immensément grand, entre le réel et le prémonitoire. Les images sont à couper le souffle (le travail de Greig Fraser à la direction photo est exceptionnel), évoquant un univers à la fois inédit et familier. Dans ce décor où la machinerie et les éléments occupent par moments tout l’espace, sans oublier les fameux vers de sable géants (l’impressionnante direction artistique est signée Patrice Vermette), Denis Villeneuve parvient à se concentrer avant tout sur ses personnages, qu’il filme d’ailleurs souvent en gros plans. Le cinéaste québécois, au sommet de son art, a magnifiquement relevé un pari quasi impossible, répondant aux attentes des admirateurs du roman de Frank Herbert tout en atteignant aussi les néophytes. Vivement la deuxième partie !

Offert sur les plateformes Illico, iTunes/Apple TV, Amazon Prime Video, YouTube et Google Play.

4. Quo vadis, Aida ?

Jasmila Žbanić

Bosnie-Herzégovine

Récent lauréat de trois récompenses aux Prix du cinéma européen, dont celles attribuées au meilleur film et à la meilleure réalisation, Quo vadis, Aida ? a aussi été finaliste aux Oscars. Dans ce drame puissant, porté par la remarquable performance de Jasna Đuričić, la cinéaste bosniaque Jasmila Žbanić reconstitue le massacre de Srebrenica, en juillet 1995, à travers l’histoire d’Aida et de sa famille. Traductrice, cette dernière se révèle indispensable pour relayer à ses concitoyens les messages des Casques bleus, débordés et impuissants. L’inéluctable dénouement, sobrement illustré mais combien fort, glace le sang. Et rappelle à quel point toute cette horreur, survenue durant la guerre de Bosnie-Herzégovine, a eu lieu dans l’indifférence générale du monde, il y a à peine un peu plus de 25 ans.

Offert sur Amazon Prime Video, iTunes/Apple TV, YouTube, Google Play, Cineplex et Cinéma Public.

5. Titane

Julia Ducournau

France

Avoir tétanisé la planète cinéma avec Grave il y a cinq ans, Julia Ducournau n’a pas du tout policé son style pour le rendre plus « fréquentable ». Fascinée par les mutations, y compris celles qui peuvent s’opérer à l’intérieur même de l’esprit humain, aussi adepte du body horror, la cinéaste française propose un récit original et survolté, parsemé de sexe, de mort et d’huile à moteur, construit autour de la quête d’une jeune femme révoltée et violente. Parsemé de scènes éblouissantes, nichées quelque part entre le Crash de David Cronenberg et le cinéma de Gaspar Noé des plus beaux jours, Titane est à prendre ou à laisser. Le jury du Festival de Cannes a fait preuve d’une très belle audace en lui attribuant la Palme d’or.

Offert sur Illico, Mubi, Amazon Prime Video, iTunes/Apple TV, Cineplex, Google Play et YouTube.

6. Tick, Tick… Boom !

Lin-Manuel Miranda

États-Unis

Pour le premier long métrage dont il signe la réalisation, Lin-Manuel Miranda (In the Heights, Hamilton) a choisi de porter à l’écran une comédie musicale inspirée d’un « monologue rock » semi-autobiographique que le dramaturge Jonathan Larson a lui-même livré à une époque où rien ne semblait fonctionner pour lui. Andrew Garfield offre une performance étincelante en se glissant dans la peau du dramaturge, mort subitement à l’âge de 35 ans en 1996, soit tout juste la veille de la soirée de première de sa comédie musicale Rent à Broadway. Parsemé de très beaux numéros musicaux, dont l’un constitue un hommage direct à Stephen Sondheim, disparu récemment, ce film magnifique est incontournable pour tout amateur de théâtre musical.

Offert sur Netflix.

7. Souterrain

Sophie Dupuis

Québec

Sophie Dupuis voulait faire un film « qui brasse ». C’est exactement ce qu’elle nous propose avec Souterrain. Pour son deuxième long métrage, la cinéaste valdorienne emprunte l’approche très fébrile qui avait fait de Chien de garde une si belle réussite. Et l’applique cette fois à la forme du film choral. En construisant son histoire autour d’un jeune mineur (Joakim Robillard), la cinéaste est parvenue à faire exister réellement les nombreux autres personnages qui entourent le protagoniste. Rarement a-t-on vu au cinéma québécois une distribution aussi imposante et cohérente à la fois. Ce film évoque en outre l’esprit de fraternité liant des hommes de toutes les générations, dont la sécurité et le bien-être reposent sur l’attention que les mineurs doivent porter les uns aux autres. C’est à la fois beau et puissant.

Offert sur Illico, Super Écran/Crave, iTunes/Apple TV.

8. Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait

Emmanuel Mouret

France

Après s’être plongé dans l’univers de Denis Diderot grâce à Mademoiselle de Joncquières, son premier film d’époque, Emmanuel Mouret retrouve ses propres marques en nous offrant cette fois le plus accompli de ses longs métrages. À la fois léger et grave, Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait repose en effet sur des chassés-croisés amoureux contemporains dont la nature, au fond, révèle la part la plus fragile de l’être humain. Dans ce film superbe où priment des dialogues finement ciselés, taillés à même la beauté de la langue française, la musique vient souvent souligner la parole, amenant ainsi le récit vers des élans de lyrisme rarement exploités de cette façon dans le cinéma du réalisateur de L’art d’aimer.

Offert sur Illico et Vimeo (page de K-Films Amérique).

9. West Side Story

Steven Spielberg

États-Unis

Des cinéphiles remettent en question la pertinence de cette nouvelle adaptation cinématographique d’une comédie musicale dont la première version, réalisée il y a 60 ans par Robert Wise et Jerome Robbins, fait partie des grands chefs-d’œuvre du cinéma. Steven Spielberg, avec grande maîtrise, propose pourtant un film qui parvient à évoquer l’Amérique d’aujourd’hui, à travers une histoire campée dans les années 1950. Cela constitue une remarquable réussite, d’autant que cette nouvelle mouture met en valeur une excellente distribution, composée de jeunes interprètes se rapprochant davantage de l’âge des protagonistes, et issus aussi de la même origine ethnique. Un bel accomplissement.

Diffusion sur les plateformes à venir

10. Les oiseaux ivres

Ivan Grbovic

Québec

Ce deuxième long métrage d’Ivan Grbovic (Roméo Onze) commence sous le signe du feu, avec une voiture en mouvement sur une route dans un désert au Mexique, qu’un incendie consume. Avec cette image puissante, un brin surréaliste, le ton est donné. On plonge alors immédiatement dans une ambiance à la fois intrigante, trouble et poétique. Le parcours d’un travailleur saisonnier venu au Québec pour retrouver une amoureuse donne l’occasion au cinéaste de brosser un portrait vibrant en évoquant subtilement les zones d’ombre de ceux que le protagoniste rencontre. Grâce à l’exceptionnelle direction photo de Sara Mishara, qui cosigne le scénario, grâce aussi à un formidable quatuor de comédiens (Jorge Antonio Guerrero, Hélène Florent, Claude Legault et Marine Johnson), Ivan Grbovic offre ici un moment de cinéma d’une très grande richesse.

Offert sur la plateforme du Cinéma du Parc. À venir sur d'autres plateformes le 18 janvier.