Lorsqu’il est question de cinéma de genre au Québec, de la liberté et de la créativité qui l’accompagnent, Roy Dupuis n’est jamais bien loin. Avec les années, le comédien est devenu l’expert en la matière. Pour les besoins du film Brain Freeze, il se mesure cette fois-ci à des zombies.

Martin Gignac Collaboration spéciale

Dans le ventre du dragon, Screamers, Bleeders, Truffe, The Forbidden Room… Roy Dupuis adore se trouver en territoire inconnu, flirter avec le réalisme magique (il est l’acteur fétiche d’André Forcier) et mettre son statut de star au profit de productions qui lui tiennent à cœur, comme le western futuriste d’anticipation Feuilles mortes et maintenant Brain Freeze où il fait la rencontre de zombies.

« Je ne suis pas un fanatique du genre, soutient pourtant le principal intéressé en entrevue. Mais j’ai toujours aimé la science-fiction. Quand on prend un aspect de notre réalité, de l’identité humaine, et qu’on le met sous la loupe, on le grossit. Je capote sur tout ce que fait Terry Gilliam. Je ne sais pas combien de fois j’ai pu voir Brazil. »

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Image tirée du film

Ce que le comédien demande au cinéma, c’est de le provoquer et de le bousculer, mais avec intelligence.

J’aime un bon film d’horreur, mais il n’y en a pas souvent. J’ai aimé Dead Alive [aussi appelé Brain Dead] de Peter Jackson, mais souvent je n’aime pas les films de zombies parce que c’est con. L’emballage prend souvent plus d’importance que le contenu.

Roy Dupuis

Selon lui, l’histoire et la façon de raconter font toute la différence. Tant mieux si cela peut toucher un registre de styles variés. L’important demeure cependant le récit.

« Présentement, je suis dans une période où j’ai de moins en moins envie de jouer, confie l’interprète de 58 ans. Quand je ne joue pas, je ne m’ennuie pas de jouer. Il faut que le projet me donne le goût de jouer, ce qui est de plus en plus difficile… »

Toucher à l’essence

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Julien Knafo

Ce fut le cas de Brain Freeze, qui a ouvert le Festival international de films Fantasia. Le long métrage allie satire sociale et critique environnementale, alors qu’un gazon génétiquement modifié transforme les habitants d’une île en morts-vivants. Roy Dupuis, qui incarne un gardien de sécurité et survivaliste, n’a toutefois pas été le premier choix du cinéaste Julien Knafo (Lucidité passagère).

« Je ne pensais pas du tout à lui au départ, avoue le cinéaste qui porte cette idée depuis des années. Tu mets Roy Dupuis dans un film et tu as un ton particulier… J’avais fait la musique de Truffe et quand je l’ai vu dans cet univers décalé, je me suis dit que c’était lui. Maintenant, je ne vois personne d’autre dans ce rôle-là. Il est parfait. »

Prêt à tout pour secourir sa fille (Marianne Fortier), même à faire équipe avec un ado débrouillard (Iani Bédard), le héros haut en couleur est doté d’un franc-parler légendaire… et d’une pelle bien coupante capable de tenir à l’écart les individus indésirables.

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Marianne Fortier, Roy Dupuis et Iani Bédard

« Quand tu fais un film comme ça, tu as l’impression de retrouver l’enfant que tu étais petit, lorsque tu jouais aux cow-boys, dit son interprète, le regard brillant. C’est un peu cet aspect-là qui est attirant. »

L’univers des possibles

Ce terrain de jeu fertile en émotions fortes est également l’endroit tout indiqué pour laisser sa créativité éclater, permettre au cinéma de faire des choses qu’il ne serait pas possible de faire dans la vie de tous les jours.

« Pour moi, la qualité première d’un scénario, c’est qu’il me surprenne », évoque celui que l’on peut actuellement voir à la télévision dans Toute la vie.

Qu’on me fasse décoller, qu’on m’amène ailleurs. Il y a une forme de poésie là-dedans.

Roy Dupuis

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Scène du film Brain Freeze

La liberté et l’inventivité mènent ainsi le bal, s’ancrant dans la réalité pour mieux inventer un monde qui n’existe pas.

« Dans Brain Freeze, on avait des règles à créer, notamment par rapport aux comportements des zombies, se rappelle celui qui agit également en tant que producteur associé. J’aime ça, essayer, découvrir des choses, explorer. C’est mon côté scientifique qui ressort. »

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Scène du film Brain Freeze

À une époque où le cinéma de genre se décomplexe sur la scène internationale (comme en font foi les succès de Titane et de Parasite), Brain Freeze continue le travail amorcé par Turbo Kid et Les affamés au Québec en légitimant encore davantage ces productions qui deviennent de plus en plus monnaie courante.

« Je vois ça comme une forme d’évolution, affirme haut et fort Roy Dupuis. Il faut accepter tous les genres. C’est une façon d’ajouter plus de couleurs à notre palette pour raconter des histoires. Pourquoi se limiter à du réaliste, à du dramatique, quand tu peux t’exprimer dans tous les genres ? Encore là, c’est une question de créativité, d’intelligence, d’avoir quelque chose à dire. »

Brain Freeze prend l’affiche en salle le 29 octobre.