Le 25opus de la plus fameuse série de films de l’histoire du cinéma prend enfin l’affiche après avoir subi plusieurs reports, dus à la pandémie. Dans No Time to Die (Mourir peut attendre en version française), Daniel Craig enfile le costard du plus célèbre agent de Sa Majesté pour la cinquième et dernière fois, après 15 ans de bons et loyaux services. Pour l’occasion, Marc Cassivi et Marc-André Lussier discutent de la marque qu’aura laissée l’acteur dans le rôle de James Bond.

Marc Cassivi
Marc Cassivi La Presse
Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Marc-André Lussier : Avant de commencer notre discussion, j’aimerais te demander dans quel ordre de préférence tu classerais les acteurs qui ont incarné James Bond jusqu’à maintenant…

Marc Cassivi : Pour moi, spontanément, quand je pense à Bond, je pense à Sean Connery. C’est l’avantage d’avoir été le premier à incarner le rôle. Même si ses films, que j’ai revus récemment, n’ont pas tous bien vieilli. Il reste que Connery a donné de son charme rugueux au personnage, ce qui n’a pas été aussi vrai des interprètes suivants jusqu’à Daniel Craig. Donc je dirais : Connery, surtout pour la première période (DNo, Goldfinger, From Russia with Love), Daniel Craig, Roger Moore surtout parce que c’est par lui que j’ai connu Bond dans l’enfance, Timothy Dalton, sans doute sous-estimé, qui fut le Bond de mon adolescence, et Pierce Brosnan, arrivé trop tard au rôle, dont la plupart des films étaient franchement médiocres. Je n’ai jamais vu George Lazenby en Bond. Et si je te pose la même question ?

M. -A. L. : À mes yeux, Daniel Craig arrive en tête, même devant Sean Connery. Pas seulement pour son charisme et son talent, c’est aussi une question d’époque. Sean Connery a évidemment l’avantage d’avoir marqué les esprits en étant le tout premier James Bond au cinéma, mais les films des années 1960 vieillissent plutôt mal. Récemment, Cary Joji Fukunaga, réalisateur de No Time to Die, a même déclaré à The Hollywood Reporter que le James Bond de Sean Connery était un violeur en puissance dans Thunderball et Goldfinger ! Mais ça, c’est un autre débat. En fait, la raison pour laquelle je place Daniel Craig en premier, c’est qu’il a ajouté une vraie profondeur au personnage, ce qu’a aussi tenté de faire Timothy Dalton. Je suis d’accord avec toi, il est sous-estimé et je le place en troisième. Roger Moore ensuite parce que ça s’en allait dans tous les sens. Pierce Brosnan avait du charme, mais il a hérité de moins bonnes histoires. George Lazenby ? Pas vu non plus ! Es-tu fan de la série ?

M. C. : Je ne ratais jamais un nouveau James Bond quand j’étais plus jeune. Mais j’ai perdu peu à peu de l’intérêt pour la série pendant la période Brosnan. L’arrivée de Daniel Craig a vraiment renouvelé ma curiosité pour le personnage. J’ai revu tous ses films dans la dernière année, ainsi que ceux de la période Connery. Et je dois dire que je ne suis pas en désaccord avec Fukunaga. Bond était tellement… pas seulement macho, mais condescendant avec les femmes. « Va dans l’autre pièce, mon petit, nous devons discuter entre hommes ! » Avec une petite tape sur les fesses en prime. Pas de farce ! Daniel Craig a eu l’avantage de participer à des films plus modernes, de notre époque, qui se sont éloignés de certains stéréotypes du personnage. Mais lui-même, tu as raison, a aussi contribué à l’évolution de Bond. Alors que ce n’était pas gagné d’avance !

PHOTO FOURNIE PAR EON PRODUCTIONS

Daniel Craig dans Casino Royale

M. -A. L. : Oh que non ! Dans le documentaire Being James Bond, qu’on peut voir présentement sur Apple TV+, on rappelle à quel point la nomination de Daniel Craig a suscité des commentaires négatifs, haineux, tout ça parce qu’il était… blond et encore peu connu ! Ce déversement de fiel injustifié a d’ailleurs joué sur son moral pendant le tournage de Casino Royale. Mais il a suffi d’une seule photo, prise par un paparazzi en plus, pour faire tourner le vent en sa faveur : celle où, au bord de la mer, on le voit sortir de l’eau en maillot de bain, en clin d’œil à Ursula Andress et Halle Berry. Craig est d’ailleurs le premier à jouer de son sex-appeal aussi frontalement pour James Bond. Quelle serait la scène qui, à tes yeux, symbolise le mieux l’apport de Daniel Craig au personnage ?

M. C. : Sans contredit cette scène d’anthologie où Bond, ligoté à une chaise, se fait dire par le personnage de psychopathe incarné par Javier Bardem qu’ils sont comme les deux derniers rats dans une cage. Bardem dit à Craig, avec un début de sourire esquissé, qu’ils pourraient se manger. Puis il lui frotte les cuisses en disant qu’il y a une première fois à tout. Ce à quoi Bond répond : « Qu’est-ce qui te fait penser que c’est la première fois ? » Jamais un Bond avant lui n’aurait osé dire ça. Quand je pense que le studio a voulu censurer la réplique. Ça, c’est Bond qui arrive au XXIsiècle. Avec son sex-appeal, son humour, mais aussi son ouverture d’esprit et sa modernité. Et puis c’est aussi la rencontre de deux grands acteurs. Bardem fait un formidable méchant. Y a-t-il eu un meilleur Bond que Skyfall ?

PHOTO FOURNIE PAR EON PRODUCTIONS

Daniel Craig et Javier Bardem dans Skyfall, où ils ont joué l’une des scènes les plus marquantes de la série

M. -A. L. : À mon humble avis, non. Cette scène est extraordinaire parce qu’elle ouvre la porte à tout un éventail d’autres possibilités. Je me souviens qu’à une rencontre de presse à laquelle j’ai pu assister, Daniel Craig avait déclaré avoir trouvé cette scène formidable parce que, logiquement, on peut penser qu’une relation conjuguée au masculin peut aussi faire partie de l’arsenal avec lequel travaille un agent comme James Bond. Et que l’intimidation sexuelle opérée par Silva (Bardem) dans cette scène ne peut avoir d’emprise sur lui. Rendu là, tu peux juste dire : wow ! Mais il y a aussi une scène de Daniel Craig en James Bond qui m’a beaucoup marqué, qui n’est même pas dans un film. Tu te souviens de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres où James Bond accompagnait la reine Élisabeth, la vraie ? Tout l’esprit british était réuni là-dedans : le décorum, l’humour pince-sans-rire, l’autodérision. Ça en dit long sur l’importance de James Bond dans l’imaginaire collectif anglais !

M. C. : Dans le documentaire d’Apple TV+dont tu parles, la productrice Barbara Broccoli, fille du producteur original de la série, dit qu’elle ne peut imaginer James Bond après Daniel Craig. Penses-tu que c’est non seulement la fin du cycle Craig, mais possiblement celle de la franchise au grand complet ?

M. -A. L. : À la toute fin de No Time to Die, on indique : James Bond will return. Comment ? Avec qui ? Nul ne le sait et les producteurs ont déclaré ne pas vouloir penser au prochain Bond avant l’an prochain. La présence de Daniel Craig a été tellement marquante qu’il faudra à mon sens remettre les compteurs complètement à zéro, de la même façon qu’en 2006 avec Casino Royale. On peut leur souhaiter bonne chance parce que ce ne sera vraiment pas évident !

M. C. : Certains voient ça comme une hérésie – imagine faire un plat d’un Bond blond ! –, mais c’est peut-être le moment ou jamais pour un nouveau cycle… avec une Jane Bond. Lashana Lynch – ou Ana de Armas, qu’on n’a pas assez vue à mon goût dans No Time to Die – en agent 007, qui pourchasse des méchants psychopathes, découvre des complots de domination mondiale, désamorce des projets de destruction massive et séduit à la chaîne des Bond Boys suspendus à ses lèvres. Juste pour voir les « wokephobes » virer fous, je trouve que c’est une bonne idée !

M. -A. L. : Ha ha ! Oui, c’est une bonne idée. Mais je doute qu’ils aillent dans cette direction !

No Time to Die (Mourir peut attendre en version française) sera présenté dès le 6 octobre dans certaines salles. Il prendra l’affiche partout le 8 octobre.

PHOTO TOLGA AKMEN, AGENCE FRANCE-PRESSE

Daniel Craig sur le tapis rouge de No Time to Die, présenté mardi à Londres en première mondiale

3 589 539 794 $

Somme totale des recettes au box-office des quatre premiers films où Daniel Craig a incarné James Bond

Source : Forbes

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