(Cannes) Historiquement sous-représenté à Cannes, le film d’animation est de retour au festival avec notamment les deux maîtres israélien Ari Folman, qui s’est rendu célèbre pour Valse avec Bachir, et japonais Mamoru Hosoda (Miraï ma petite sœur).

Claudine RENAUD Agence France-Presse

Sélectionné aussi sur la Croisette, un film-enquête français sur l’alpinisme propose une adaptation réussie d’un manga de Jiro Taniguchi qui sortira cet automne, comme les deux autres.

Où est Anne Frank ? d’Ari Folman

Après l’échec de son précédent film, Le congrès (2013), fable futuriste sur la montée de l’hypertechnologie au cinéma, Ari Folman a failli jeter l’éponge : « Je me suis dit : plus jamais de film d’animation pour un public adulte. C’est si difficile à produire qu’il faut viser un public large, autrement dit, familial », dit-il à l’AFP.

Avec Valse avec Bachir, récit sur l’expérience traumatique d’un jeune appelé israélien durant la guerre du Liban, en compétition officielle à Cannes en 2008, le cinéaste de 58 ans avait rencontré un succès considérable.

Pour Où est Anne Frank ?, qui a demandé huit ans de travail et mobilisé douze studios de pays différents, Ari Folman a tenté de limiter les risques en s’inspirant d’un livre parmi les plus connus du 20e siècle, Le journal d’Anne Franck.

Prometteur, le film a pourtant reçu un accueil mitigé à Cannes. Il suit Kitty, une amie imaginaire de l’adolescente juive morte en déportation en 1945 et dont le journal de bord décrit les dernières années tragiques cachée à Amsterdam sous l’occupation nazie. Naviguant entre passé et présent, il propose une réflexion sur le sort des réfugiés d’aujourd’hui.

Belle de Mamoru Hosoda

PHOTO VALERY HACHE, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le réalisateur japonais Mamoru Hosoda

Déjà sélectionné à Cannes avec Miraï, ma petite sœur (Quinzaine des réalisateurs) et remarqué pour Les enfants loups, Ame & Yuki (2012), Mamoru Hosoda, 53 ans, revient avec l’histoire d’une collégienne orpheline de mère, Suzu, qui s’invente une double vie sur l’internet où elle devient l’égérie musicale de millions de jeunes gens.

Véritable explosion graphique à la palette de couleurs débridée, le film, plein de romantisme, est une peinture du monde de l’adolescence, ses tourments amoureux, son usage des réseaux sociaux. Il enchaîne les chansons et les scènes d’action sur fond de questionnement sur l’importance d’être soi-même et le poids des masques sociaux.

C’est le troisième film dans lequel Hosoda embrasse la question de l’internet, déjà présente dans Digimon en 2000 et Summer Wars (2009) : « Pour la jeune génération, internet existait déjà quand ils sont nés donc c’est inséparable de leur monde, il faut l’accepter », a détaille Mamoru Hosoda à l’AFP. « Je reconnais qu’il y a beaucoup de côtés négatifs, des attaques très méchantes sur les réseaux sociaux et même du harcèlement […] mais il y a aussi des bons côtés : on peut faire connaissance avec des gens qu’on ne peut pas rencontrer dans la vie réelle, avoir des partages, de la solidarité ».

Le sommet des dieux de Patrick Imbert

Plébiscité pour Le grand méchant renard et autres contes, César 2018 du meilleur film d’animation, le dessinateur et réalisateur Patrick Imbert abandonne l’univers jeunesse pour un film au réalisme haletant situé entre les Alpes, le Japon et l’Himalaya, sur les traces d’un reporter photographe et d’un alpiniste mort au sommet de l’Everest.

Le film adapte en 1 h 30 les cinq tomes de l’ouvrage de Jiro Taniguchi, célèbre mangaka japonais décédé en 2019. Sauf exception toutefois, notamment une scène de sauvetage en hélicoptère dans les Grandes Jorasses, rien n’est directement tiré des cases de la BD.

« Je n’ai pas repris son graphisme, pour moi ce n’est pas important, mais plutôt une approche des caractères humains […], un ton qui évite souvent tout manichéisme et rentre dans la complexité des personnages et qui me plaît chez lui », confie Patrick Imbert, 43 ans.

Très documenté, le film a été travaillé à partir de photos et de la topologie réelle de l’Everest : « tout est peint comme pour un décor normal d’animation », précise le réalisateur qui s’est entouré pour la bande originale du compositeur franco-tunisien Amine Bouhafa, César de la meilleure musique en 2015 pour Timbuktu.