Entouré des huit autres membres du jury, le président Spike Lee s’est présenté devant la presse tel qu’en lui-même, en promettant un traitement équitable où tous les jurés pourront faire entendre leur voix.

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Portant une casquette arborant l’année 1619, celle de l’arrivée des premiers esclaves d’Afrique en terre d’Amérique, Spike Lee y est allé de quelques déclarations bien senties en se remémorant d’abord quelques souvenirs du Festival de Cannes.

Chaz Ebert, veuve du célèbre critique Roger Ebert, a lancé le bal en rappelant comment son mari avait été irrité au plus haut point quand, en 1989, Do the Right Thing a été écarté du palmarès.

Son avis sur le film n’était pas très populaire, a rappelé le cinéaste. Plusieurs pensaient même, particulièrement dans la presse américaine, que le film allait provoquer des émeutes partout dans le pays !

Spike Lee, président du jury

« On a célébré il y a peu le 32anniversaire de Do the Right Thing. Je l’ai écrit en 1988. Quand tu vois le frère Eric Garner, ou le roi George Floyd, lynché, assassiné, je pense à Radio Raheem [l’un des personnages du film]. Et tu crois, tu espères que 30 putains d’années plus tard, on arrêterait de pourchasser les Noirs comme des animaux. Mais je suis très heureux d’être ici, cela dit. Sans manquer de respect aux autres festivals, Cannes reste le plus grand du monde ! »

Un jury majoritairement féminin

Autant le président que les jurés mesurent par ailleurs bien la nature historique de cette édition pas tout à fait comme les autres. Pour une première fois, le jury est majoritairement composé de femmes. Mélanie Laurent, Mylène Farmer, Mati Diop, Jessica Hausner et Maggie Gyllenhaal font partie de ce club sélect où ont aussi été invités Tahar Rahim, Song Kang-Ho et Kleber Mendonça Filho.

« Les voix des femmes sont différentes, précise Maggie Gyllenhaal. Nous avons été habitués à les entendre s’exprimer à l’intérieur d’une culture masculine et à devoir exercer un petit muscle pour y avoir accès. Or, je n’ai pas eu à faire ça quand j’ai vu The Piano [Jane Campion]. C’était tellement inspirant ! »

Mélanie Laurent voit de son côté une percée historique sur le plan écologique également. La direction du festival a en effet adopté un plan très vert dans son fonctionnement.

« Il y a sans doute un lien entre les deux, les femmes et la nature, a fait valoir l’actrice, aussi réalisatrice. Je rêve aussi que ce festival soit le dernier où il y ait un débat sur les femmes. »

Si on pouvait laisser respirer cette planète et laisser respirer les femmes en même temps, ce serait merveilleux !

Mélanie Laurent, membre du jury

Quant au fameux débat sur les plateformes, dont on n’a pas fini de discuter ici, Spike Lee a ajouté son grain de sel en affirmant que le cinéma et les plateformes peuvent très bien coexister. « À une époque, on pensait que la télé tuerait le cinéma. Ce n’est pas nouveau, c’est une histoire de cycles », a déclaré celui dont le plus récent long métrage, Da 5 Bloods, a été produit par Netflix, géant de la diffusion en ligne.

Rappelons que ce jury retrouvera les journalistes le 17 juillet, tout de suite après l’annonce du palmarès. Le film lauréat de la Palme d’or, pour laquelle 24 longs métrages sont en lice, aura alors été dévoilé.