Nomadland, de Chloé Zhao, a remporté les Oscars attribués au meilleur film et à la meilleure réalisation, alors que Frances McDormand a reçu le troisième Oscar de sa carrière grâce à sa performance. The Father a par ailleurs valu à Anthony Hopkins le deuxième Oscar de sa carrière, au cours d’une soirée où des statuettes ont été attribuées à plusieurs films.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Depuis son sacre à la Mostra de Venise l’an dernier, où il a obtenu le Lion d’or, et le prix que le public lui a attribué quelques jours plus tard au festival de Toronto, Nomadland a pratiquement raflé tous les prix importants. Il était logique que le plus récent long métrage de Chloé Zhao termine la tournée des galas en remportant la plus prestigieuse récompense de toutes, celle de l’Oscar du meilleur film de l’année. Nomadland a aussi valu à Frances McDormand la troisième statuette de sa carrière dans la catégorie de la meilleure actrice. Aucune autre comédienne ne peut se vanter d’un tel palmarès dans l’histoire des Oscars, à part Katharine Hepburn, quatre fois consacrée.

Onze ans après Kathryn Bigelow, lauréate grâce à The Hurt Locker, Chloé Zhao est seulement la deuxième réalisatrice à mettre la main sur la prestigieuse statuette attribuée à la meilleure réalisation. La cinéaste sino-américaine a dédié son Oscar à tous ceux qui s’accrochent pour trouver de la bonté chez les gens.

« Quand les temps sont difficiles, je me rappelle toujours ce jeu auquel nous jouions, mon père et moi, en complétant des bouts de poèmes chinois. La première phrase de l’un d’entre eux est : À la naissance, les gens sont foncièrement bons. Cette phrase a grandement résonné en l’enfant que j’étais, et c’est ce que j’ai toujours trouvé chez les gens, partout dans le monde. »

Nomadland, qui emprunte la forme d’une docufiction, relate le parcours d’une sexagénaire ayant choisi de se débrouiller à l’extérieur d’un système qui semble ne plus pouvoir rien lui offrir de toute façon. Cette femme se plaît d’ailleurs à dire qu’elle n’est pas sans abri, mais plutôt sans maison, laissant entendre par là qu’elle se plaît bien dans cette vie de nomade. Elle roule sans destination précise pour parfois se poser avec son véhicule déglingué dans un endroit et nouer des liens avec ceux qui s’y trouvent.

« Voyez ce film sur le plus grand écran possible quand vous le pourrez ! », a déclaré Frances McDormand, vedette du film, mais aussi productrice.

Vingt-neuf ans après avoir obtenu l’Oscar du meilleur acteur grâce à sa performance dans The Silence of the Lambs (Le silence des agneaux), Anthony Hopkins, absent de la cérémonie, a quelque peu déjoué les pronostics en obtenant de nouveau la statuette dorée, cette fois pour sa remarquable composition dans The Father (Le père), une adaptation de la pièce de Florian Zeller, que le dramaturge a lui-même portée à l’écran. Ce dernier, en compagnie du scénariste britannique Christopher Hampton, a d’ailleurs reçu l’Oscar du meilleur scénario adapté.

« Anthony est le meilleur acteur vivant et la seule idée de travailler avec lui était un rêve. Merci de m’avoir fait l’honneur d’accepter, ce fut la plus incroyable expérience de ma vie ! », a-t-il déclaré.

Des lauréats issus de la diversité

Première comédienne coréenne retenue dans la catégorie de la meilleure actrice de soutien grâce à son personnage irrésistible de grand-mère iconoclaste dans Minari, Yuh-jung Youn a été consacrée par les membres de l’Académie. Ce faisant, Glenn Close, citée pour la huitième fois, a rejoint Peter O’Toole dans la liste des acteurs le plus souvent désignés finalistes sans jamais obtenir le fameux trophée.

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Yuh-jung Youn

« Nous ne sommes pas en compétition, a déclaré l’actrice, très impressionnée par la présence de Brad Pitt, qui lui a remis sa statuette. Glenn Close, je l’ai tellement regardée souvent. Et pour celles qui étaient citées avec moi, je dirai que j’ai simplement été plus chanceuse que vous ! »

De son côté, l’acteur britannique Daniel Kaluuya a ajouté l’Oscar du meilleur acteur de soutien à sa collection de trophées glanés au cours des derniers mois. Sa formidable performance dans Judas and the Black Messiah, un film de Shaka King dans lequel il prête ses traits à Fred Hampton, leader du mouvement Black Panther de l’Illinois à la fin des années 1960, aurait d’ailleurs facilement pu être retenue dans la catégorie du meilleur acteur.

« Merci pour ton existence, merci d’avoir vécu. Tu m’as appris comment aimer à être ce que je suis », a-t-il déclaré en évoquant la courte vie de Fred Hampton, assassiné à l’âge de 21 ans lors d’un assaut mené par le FBI et les forces policières de Chicago en 1969.

Aussi au tableau d’honneur

Aussi en lice dans la catégorie de la meilleure réalisation, Emerald Fennell est la deuxième femme seulement à obtenir l’Oscar du meilleur scénario original depuis Diablo Cody en 2008 (Juno). Cette prestigieuse statuette est d’ailleurs la seule à la fiche de Promising Young Woman (Une jeune femme pleine de promesses), un film construit autour du sentiment de vengeance qu’éprouve une jeune femme hantée par un traumatisme vécu dans le passé.

PHOTO A. M. P. A. S, VIA REUTERS

Emerald Fennell

« Oh ! [Ce trophée] est tellement lourd ! Et froid ! s’est exclamée la scénariste, aussi connue comme actrice, en recevant la toute première statuette attribuée au cours de la soirée. Ce film a été tourné en 23 jours avec une équipe extraordinaire. Carey Mulligan est la personne la plus talentueuse du monde ! »

Sans surprise, l’Oscar du meilleur film international a été décerné à Another Round (Alcootest est le titre du film au Québec). Le film danois, dont la tête d’affiche est Mads Mikkelsen, était déjà apprécié auprès des membres de l’Académie au point où Thomas Vinterberg a fait partie des cinq cinéastes finalistes dans la catégorie de la meilleure réalisation. Alcootest relate le parcours de quatre amis un peu désabusés de la vie, tous enseignants dans une école secondaire, qui se prêtent à une expérience impliquant la consommation régulière d’alcool. En acceptant l’honneur, le cinéaste a dédié son trophée à sa fille disparue tragiquement dans un accident, deux mois avant le tournage du film.

« C’est un film sur le lâcher-prise, le mien notamment », a-t-il déclaré, très ému.

Mank, cité 10 fois, s’est inscrit au tableau d’honneur grâce à sa direction artistique et à sa direction photo, et Tenet, l’unique superproduction ayant pris l’affiche en salle en 2020, grâce à ses effets visuels. En plus de remporter l’Oscar du meilleur film d’animation, Soul (Âme), la plus récente production Pixar, a valu à Trent Reznor, Atticus Ross et Jon Batiste d’être consacrés dans la catégorie de la meilleure trame musicale.

L’Oscar du meilleur son est allé à Sound of Metal (Le son du silence), tout comme celui du meilleur montage. Ma Rainey’s Black Bottom (Le blues de Ma Rainey) s’est distingué grâce à ses maquillages et coiffures, tout comme ses costumes. My Octopus Teacher (La sagesse de la pieuvre), qui relate le lien inattendu liant un cinéaste à une pieuvre vivant dans une forêt de varech sud-africaine, a été récompensé dans la catégorie du meilleur long métrage documentaire. Fight for You, tirée du film Judas and the Black Messiah, a valu à H. E. R. l’Oscar de la meilleure chanson originale.

Même si The Trial of the Chicago Seven (Les Sept de Chicago), cité six fois, fut complètement blanchi, la soirée fut néanmoins assez fructueuse pour Netflix. Le diffuseur en ligne a récolté en tout sept Oscars, se distinguant également dans les catégories du court métrage (Two Distant Strangers) et du court métrage d’animation (If Anything Happens I Love You).