(Hollywood) La soirée des Oscars sera plus que jamais dimanche soir le reflet de l’industrie du cinéma en 2020 : transformée par la pandémie, contrainte d’imaginer de nouveaux formats et d’explorer de nouveaux horizons… et vraisemblablement dominée par le grand favori Nomadland.

Andrew MARSZAL
Agence France-Presse

La remise des prix les plus prestigieux du cinéma américain a dû être repoussée de deux mois en raison de la crise sanitaire et se tiendra exceptionnellement en grande partie hors d’Hollywood.

C’est dans la gare ferroviaire de Union Station, dans le centre de Los Angeles, qui permet une plus grande distanciation sociale, que l’essentiel de cette 93e édition se déroulera, le traditionnel Dolby Theatre se contentant de jouer un rôle secondaire avec des Oscars d’honneur et des performances musicales.

Les stars européennes qui n’auront pu rallier Los Angeles seront quant à elle accueillies sur des sites dédiés à Londres et à Paris, avec retransmission par faisceau satellite.

Les précieuses statuettes seront remises à la gare, et un film a de bonnes chances de rafler la mise, selon les prédictions des experts.

« Je n’imagine pas que Nomadland ne remporte pas le gros lot. Et je n’imagine pas que Chloé Zhao ne gagne pas le prix du meilleur réalisateur », déclare à l’AFP Marc Malkin, journaliste au magazine spécialisé Variety.

« Mais cette année a été si étrange. On ne sait jamais », tempère-t-il.

« C’est plié »

Hybride unique en son genre de road movie, de western, de drame social et documentaire qui suit des Américains âgés vivant sur les routes après avoir tout perdu lors de la crise des « subprimes », Nomadland a été célébré par Hollywood. Et le film de Chloé Zhao a dominé de la tête et des épaules la saison des prix qui s’achève.

« C’est plié » pour la réalisatrice de 39 ans, née en Chine, assure Pete Hammond, éditorialiste du site spécialisé Deadline. « Ils vont voter pour elle-même s’ils n’ont pas vu le film ».

« En ce moment, elle jouit d’un grand respect et elle est très appréciée dans le monde des réalisateurs », confirme un votant de l’Académie qui demande à rester anonyme.

Si un film a une chance de souffler la victoire à Nomadland, c’est Les Sept de Chicago qui a créé la surprise en obtenant le premier prix du syndicat américain des acteurs.

Cela marquerait aussi la reconnaissance par les studios traditionnels de l’importance de Netflix, après une année où la vidéo à la demande a pris le relais des salles de cinéma fermées pour cause de COVID-19.

« Ce n’est pas impossible, mais je n’ai pas l’impression qu’il y parviendra », dit Pete Hammond, qui cite aussi comme outsiders le thriller féministe Promising Young Woman et Minari, drame mettant en scène des migrants sud-coréens dans l’Amérique des années 1980.

Hopkins en embuscade

L’actrice oscarisée Frances McDormand, qui mène la distribution presque entièrement amateur des trimardeurs modernes de Nomadland, est encore une fois en lice.

Mais cette année, cette catégorie de la meilleure actrice est « très volatile » et « peut aller dans tous les sens », estime Hammond, qui relève que les cinq candidates, notamment Viola Davis (Le Blues de Ma Rainey) et Carey Mulligan (Promising Young Woman), ont remporté des prix importants plus tôt dans la saison.

PHOTO DAVID LEE, ARCHIVES NETFLIX VIA ASSOCIATED PRESS

Viola Davis dans Le Blues de Ma Rainey

Le partenaire à l’écran de Viola Davis, Chadwick Boseman, mort l’été dernier d’un cancer avant la sortie du film où il incarne un trompettiste hanté par des atrocités racistes, devrait quant à lui triompher dans sa catégorie.

« Je mettrais sans doute mon argent sur Chadwick, mais il pourrait y avoir une surprise », a dit à l’AFP le membre de l’Académie.

« Anthony Hopkins est en embuscade », relève ce membre, en référence à la performance remarquée de l’acteur britannique dans The Father.

Daniel Kaluuya est favori pour l’Oscar du meilleur second rôle masculin grâce à son rôle dans Judas and the Black Messiah tandis que la Sud-Coréenne Youn Yuh-jung jouit d’une popularité croissante côté féminin après les récents discours, drôles et mordants, qu’elle a prononcés en recevant des récompenses pour Minari, selon Marc Malkin.

Une première historique est donc envisageable cette année, avec la victoire d’artistes non blancs dans les quatre catégories récompensant les acteurs, sans la réalisatrice asiatique de Nomadland.

PHOTO SIMON DAWSON, ARCHIVES REUTERS

Daniel Kaluuya

C’est la plateforme Netflix qui devrait sur le papier gagner le plus grand nombre d’Oscars dimanche.

Bas les masques

Pandémie oblige, la cérémonie a été revue à la baisse et le tapis rouge réduit à sa plus simple expression, la plupart des magnats d’Hollywood n’ayant même pas décroché un carton d’invitation.

Mais le co-producteur de la soirée, le réalisateur Steven Soderbergh, a promis que ces bouleversements seraient une opportunité d’offrir un spectacle qui ne ressemblera à « rien de ce qui a été fait avant ».

La cérémonie doit être filmée comme un film de cinéma plutôt que comme une émission télévisée, a-t-il souligné.

Les organisateurs ont insisté pour que les stars, parmi lesquelles Harrison Ford et Brad Pitt, soient en tenue de gala et elles devraient être autorisées à retirer leur masque quand elles seront à l’écran.

« Bravo à l’Académie pour avoir au moins essayé de faire un semblant de spectacle en direct, sans recours à Zoom », lance Pete Hammond.