Cinq ans après l’affaire Claude Jutra, visé par des allégations d’actes pédophiles, son fonds d’archives versé à l’UQAM demeure toujours indisponible.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

C’est ce qu’a pu constater La Presse au cours d’une visite sur le site en ligne des archives de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et d’une vérification faite auprès des autorités.

Sur la page des archives de l’UQAM, le message concernant le fonds Claude Jutra (46P) est le même que celui mis en ligne le 19 février 2016. On peut y lire :

« À la lumière des nouvelles informations rendues publiques récemment au sujet du Fonds Claude-Jutra, par souci de ne pas porter atteinte à la vie privée de tierces personnes, ni à leur réputation, le Service des archives et de gestion des documents a décidé le 17 février 2016 de suspendre temporairement la consultation de la totalité du Fonds Claude-Jutra. »

Ici, il faut retenir les mots « suspendre temporairement » ainsi que la phrase qui suit, à savoir : « Le Service des archives procédera à une nouvelle évaluation de son contenu dans les meilleurs délais. »

Or, cinq ans plus tard, les meilleurs délais se font toujours attendre. Comment expliquer ce statu quo ?

L’UQAM procède au traitement général du fonds avant de lever la restriction d’accès afin de s’assurer que le contenu peut être rendu accessible au public et qu’il ne contient pas de matériel pouvant nuire à un tiers.

Jenny Desrochers, porte-parole

« Le Service des archives et de gestion des documents de l’UQAM n’étant pas subventionné pour la conservation des archives privées, ses ressources dédiées au traitement des archives privées sont limitées. Or, cette contrainte de ressources ainsi que la pandémie ont nui à nos activités de traitement du fonds », continue la porte-parole.

La Presse a aussi demandé s’il y avait une liste ou un décompte du nombre de demandes d’accès à ce fonds depuis cinq ans. « Nous n’avons pas de liste des demandes d’accès au fonds », a indiqué à ce sujet Mme Desrochers.

En partie sous scellés

Rappelons que la source de cette affaire remonte à la publication, en février 2016, d’une biographie d’Yves Lever sur Claude Jutra dans laquelle l’auteur affirme que le cinéaste a un passé pédophile. Le milieu est déjà sous le choc lorsque, dans les jours suivants, La Presse, sous la plume du journaliste Hugo Pilon-Larose, publie deux témoignages de victimes alléguées confirmant les affirmations d’Yves Lever (aujourd’hui décédé). Dès lors, le nom du cinéaste a été effacé de plusieurs lieux, prix, etc.

En parallèle, deux autres reportages de La Presse, signés par le chroniqueur Mario Girard, ont fait état de la fermeture du fonds. Ce dernier écrit d’abord qu’une partie du fonds, notamment un journal intime, est sous scellés jusqu’en 2040. Dans un second article, il dévoile que la consultation de l’entièreté de ces archives est suspendue.

> Lisez le texte « Que contiennent les archives sous scellés de Claude Jutra ? »

> Lisez le texte « L’UQAM interdit l’accès aux archives de Claude Jutra »

L’UQAM possède ce fonds d’archives depuis le milieu des années 1980. On y trouve quelque 25 000 photos, 200 images filmiques, des bandes et cassettes sonores, de la correspondance, des agendas et journaux personnels, etc.

Une autre partie, plus restreinte, des archives de Claude Jutra se trouve à la Cinémathèque québécoise (CQ). Dans ce cas, la CQ n’a jamais interdit l’accès au fonds.

« Il n’y a rien de litigieux dans les archives que nous avons de Claude Jutra, indique le directeur général de la CQ, Marcel Jean. Tout est consultable. Il faut savoir aussi que nos archives sont à la disposition des chercheurs qui doivent expliquer les raisons de leurs recherches avant d’y accéder. »