Chaque année, en prévision de la cérémonie des Golden Globes, on remet invariablement en question deux choses : la sélection de mauvais films et séries télé parmi les finalistes ainsi que la partialité des électeurs de la Hollywood Foreign Press Association (HFPA), qui remettent les premiers prix de la « saison des galas ».

Marc Cassivi Marc Cassivi
La Presse

Cette année, on s’est demandé par quelle entourloupette un film aussi déplorable que Music de la vedette pop et réalisatrice Sia a pu se retrouver parmi les candidats de la meilleure comédie musicale ou du meilleur film comique. Et une enquête du Los Angeles Times, publiée plus tôt cette semaine, a révélé de nouvelles pratiques douteuses de la HFPA, dont la crédibilité était déjà mise à mal.

Des accusations de pots-de-vin entachent depuis des années le processus de sélection des lauréats des Golden Globes. La très opaque Hollywood Foreign Press Association, composée de quelques poignées de « journalistes » plus ou moins actifs, détermine les finalistes de cette cérémonie qui, faute de crédibilité, demeure très populaire.

« Un Golden Globe, ça ne s’achète pas », avait déclaré l’animateur Ricky Gervais, en 2010, le sourire sardonique, secouant la tête en laissant entendre qu’il ironisait. Pendant des années, la HFPA a fait les frais de l’humour cinglant du Britannique. Elle ne doit pas être fâchée que le gala du dimanche 28 février soit animé de nouveau par le tandem Amy Poehler-Tina Fey, tout aussi comique, mais moins décapant.

PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Tina Fey et Amy Poehler animeront de nouveau la cérémonie des Golden Globes cette année.

L’enquête du L.A. Times, qui fait suite à la poursuite rendue publique d’une journaliste norvégienne contre la HFPA l’an dernier, révèle que l’organisme sans but lucratif, qui profite d’exemptions fiscales de toutes sortes, verse plus de 4 millions de dollars américains par année à ses membres en salaires, en cachets et en remboursements de frais de voyages. Et que ses membres acceptent, en plus, des cadeaux, des passe-droits et de petites attentions (cartes de souhaits personnalisées de vedettes, par exemple) de la part de studios de cinéma.

L’objectif, évidemment, est d’influencer le vote de certains de ces « journalistes », qui ne redorent pas le blason de la profession. Car même si les problèmes d’éthique de la HFPA ne datent pas d’hier, celle-ci reste très influente. La carrière d’un film ou d’un artiste peut être propulsée par une victoire aux Golden Globes.

Malgré les atteintes à son prestige, cette vitrine demeure inestimable et incontournable pour les producteurs, les distributeurs et les studios. Elle représente l’équivalent d’une campagne publicitaire de plusieurs millions de dollars.

Alors que la plupart des cérémonies de remise de prix télévisées ont connu d’importantes baisses d’audience, celle de la HFPA a su conserver, bon an, mal an, ses quelque 20 millions de téléspectateurs. Le gala des Golden Globes est le troisième en popularité aux États-Unis, après les Oscars et les Grammy, qui sont en perte de vitesse. Ce qui explique que le réseau NBC ait consenti à payer à la HFPA 60 millions de dollars pour sa télédiffusion, le triple de la somme qu’il a versée il y a quatre ans à peine. C’est une affaire de gros sous, qui pèsent lourd dans la balance.

Le succès des Golden Globes s’explique assez facilement. Cette soirée strass et paillettes, l’un des évènements mondains les plus courus de Hollywood, réunit les stars du petit comme du grand écran dans une ambiance décontractée, moins guindée, ronflante et consensuelle que celle des Oscars, avec des animateurs plus libres de leur parole. Certains membres de la HFPA ont même été soupçonnés de revendre leurs billets de gala à fort prix sur le web…

La HFPA n’a pas hésité à ajouter des catégories – et à y inclure des œuvres mineures – afin de s’assurer d’un parterre rempli de vedettes. Il n’y a pas de prix techniques, qui intéressent moins le grand public, ici. Un repas gastronomique est servi, le champagne coule à flots, les lauréats semblent parfois « guerlots ».

La HFPA ne compte que 87 membres, 4 de plus qu’il y a une décennie. Ce sont eux qui choisissent les finalistes et les gagnants des Golden Globes. En comparaison, ils sont plus de 10 000 artisans du milieu du cinéma à choisir les lauréats des Oscars. C’est pour dire qu’un vote aux Golden Globes « vaut » bien plus qu’un vote aux Oscars. Et que les studios ne ménagent pas leurs efforts pour que les électeurs « votent du bon bord ».

Aussi, ceux qui connaissent les rouages des Golden Globes n’ont pas été surpris d’apprendre qu’une série télé mineure comme Emily in Paris s’est retrouvée deux fois plutôt qu’une finaliste au gala de dimanche, alors qu’une série célébrée par la critique, I May Destroy You, ne s’y retrouve pas.

Selon le L.A. Times, une trentaine de membres de la HFPA ont été invités à grands frais pour le tournage d’Emily in Paris dans la Ville Lumière, où ils ont été logés dans un hôtel cinq étoiles du 16e arrondissement, à 1400 $ US la nuit (j’ai consulté le site web de l’hôtel ; ce n’est pas un Motel 6 de bord d’autoroute nationale).

Kjersti Flaa, journaliste norvégienne à l’origine de la poursuite contre la HFPA, a tenté trois fois, en vain, de grossir les rangs de l’association. Une journaliste du Monde, plus prestigieux des quotidiens français, a subi le même sort, selon le L.A. Times, alors que quantité de membres ne publient qu’une demi-douzaine d’articles par année, le minimum requis, dans d’obscures publications lues par trois pelés et un tondu. L’enquête du Times révèle que les membres de cette chasse gardée rivalisent de coups bas pour conserver leurs privilèges et leur accès au gratin hollywoodien, en s’assurant de n’admettre de nouveaux « journalistes » qu’au compte-gouttes. Plusieurs représentent des pays (parfois plusieurs) qu’ils n’ont jamais visités, et il n’y a actuellement aucun Noir dans la HFPA.

En revanche, l’association compte un ancien Monsieur Univers russe qui a obtenu récemment quelques rôles dans des films de série B, une reine de beauté polonaise des années 80 qui n’a pas changé de coupe de cheveux, une spécialiste de soirées « évènementielles » responsable des plans de table de la cérémonie (on ne voudrait pas que des acteurs en froid soient assis ensemble) et, croyez-le ou non, un nonagénaire officiellement déclaré sourd et aveugle.

> Regardez la vidéo promotionnelle de 2010 (disponible seulement en polonais sous-titrée anglais)

Et on se demande pourquoi les choix de finalistes de cette bande de pique-assiettes sont si souvent incongrus.

Un gala à distance

Le gala des Golden Globes, qui sera télédiffusé le dimanche 28 février à 20 h sur les ondes de NBC (CTV au Canada), sera particulier en raison du contexte de la pandémie. Les animatrices Amy Poehler et Tina Fey ne seront pas ensemble, mais aux extrémités des États-Unis, la première à Los Angeles et la seconde à New York. Les présentateurs seront sur place, eux aussi divisés entre le Beverly Hotel à L.A. et le Rainbow Room de New York, mais les finalistes seront chez eux. Habillés chic ou non ?